Temps zéro

Cavale adolescente

© François Godard

Par : Sébastien Bouthillier

Le théâtre n’est pas la télévision. Une pièce n’est pas une série télé. Ni une séquence filmique. L’intégration d’effets visuels ou sonores à la scénographie par des moyens technologiques rappelant le cinéma ou la télévision approche le théâtre de ces formes de représentation où domine l’image. Mais au théâtre, le geste, le jeu et la parole d’un comédien priment encore, n’est-ce pas?

Les extraits de chansons pop semblent trop courts et s’enchaînent rapidement, d’autant plus que les acteurs parlent pendant que la musique enfouit leur voix. Des messages textes sont projetés, mais impossible de les déchiffrer à la cadence où ils défilent. L’intensité d’une scène, l’urgence ressentie par les protagonistes se communiquerait mieux lentement.

Temps zéro relate l’exode, la fuite, la fugue et la quête de soi d’un adolescent naïf de 17 ans qu’incarne Joakim Robillard. La semaine après la veille du jour de l’An, quand son amoureuse le quitte, il roule dans la voiture de sa mère jusqu’au bout de la route : le Pacifique en Colombie-Britannique.

En chemin, il embarque une femme dans la vingtaine sur le pouce (Ariane Castellanos). Si le trajet entre la métropole et Vancouver est linéaire, le scénario de Temps zéro emprunte quelques chemins de traverse au lieu de river l’ingénu héros à sa crise existentielle.

Une manifestation s’improvise à Ottawa et une rencontre louche survient en Alberta, ces détours prolongent son parcours sans approfondir ni décaper la recherche de réponses du jeune homme, ni lui permettre de se poser des questions non plus.

La rectitude politique transpire du texte de Marc-André Brunet. Lorsque le héros s’inquiète que sa passagère se soit envoyée en l’air et ait accepté d’être une mule, elle lui hurle qu’il est macho et que la femme fait ce qu’elle veut de son corps. Or, depuis le début de la pièce, on le décrit comme un être crédule, détruit et peiné par la rupture de la première blonde dont il s’est amouraché. La réaction politiquement correcte est disproportionnée et sans lien avec le contexte de la pièce.

Aussi, un homme peut demander à une femme s’il est opportun de coucher avec un homme alors qu’elle est enceinte et d’accepter de transporter de la cocaïne pour lui sans mériter de se faire accuser de tenter de la contrôler. Peut-être qu’il essaie de comprendre son comportement, pas de le contrôler. Il se pose des questions existentielles, il est naïf; il en pose à la femme, il est macho et contrôlant?

Le Théâtre Denise-Pelletier, de même que la salle Fred-Barry en annexe, accueille plusieurs groupes scolaires, car il a pour vocation d’initier le jeune public à l’art théâtral qui se distingue du cinéma et de la télévision grâce aux acteurs qui jouent devant lui.

Il s’avère extrêmement regrettable que certains insolents qui pénètrent dans le théâtre pour la première fois de leur courte vie, peut-être parce que la sortie culturelle est imposée dans le cadre d’un cours de littérature, s’estiment en droit de dénigrer à haute voix, comme ils le font dans l’intimité de leur foyer, devant une série Netflix, les moindres soubresauts dramatiques.

En transformant ainsi l’endroit en porcherie par leurs grognements, ils préfèrent leur bêtise à l’humanité à laquelle l’art permet d’accéder… pourvu qu’on fasse un effort. Le théâtre exige un effort du public que la télévision et le cinéma n’exigent pas des spectateurs. Aussi, les acteurs devant le public méritent le respect, même si la pièce nous déplaît.

Heureusement que les dizaines d’autres groupes scolaires parmi lesquels je me suis fondu au fil des ans dans les deux salles du théâtre de l’est de Montréal se sont comportés dignement comme tout spectateur.

Temps zéro, présenté jusqu’au 1er décembre à la salle Fred-Barry. 

Texte révisé par : Johanne Mathieu

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