Roméo et Juliette à l’Opéra de Montréal : un spectacle d’une rare intensité

Du très grand art

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© Gabriel Talbot /MatTv.ca

Par : Mathias Chevalier

Que les puristes se rassurent tout de suite : ni William Shakespeare, ni Charles Gounod ne se sont retournés dans leur tombe samedi dernier; bien au contraire. La première représentation de l’opéra était un succès total, la preuve irréfutable qu’il est encore possible d’assister à des opéras de qualité aujourd’hui à Montréal.

La salle Wilfrid-Pelletier était encore bouillonnante au moment où l’orchestre a entamé les premières notes. Et pour cause, une voix venait d’annoncer quelques minutes plus tôt que Marie-Ève Munger (Juliette) était « indisposée » et qu’il faudrait être « indulgent » envers sa performance.

Les dés étaient jetés, et personne ne savait trop à quoi s’attendre, mais les spectateurs ont rapidement compris que cette annonce, loin d’être prémonitoire, n’était qu’une mise en garde maladroite et inutile. En d’autres termes, la prestation de la cantatrice était parfaite. Comment aurait-elle chanté, alors, si elle avait été au top de sa forme?

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La prestation de son Roméo, incarné par Ismael Jordi, était tout aussi éblouissante. La partition de Charles Gounod, très riche (voire expérimentale) sur le plan harmonique, n’était pas des plus faciles à interpréter et le ténor espagnol s’en est tiré à merveille. Son Ah! Lève-toi soleil notamment, était à la hauteur des plus grands solistes comme Roberto Alagna ou encore Ivan Kozlovsky. L’alchimie avec Marie-Ève Munger, tant sur le plan vocal que sur le plan théâtral, fonctionnait particulièrement bien.

Évidemment, ce spectacle n’aurait pas été aussi magique sans le travail remarquable de Claude Girard, responsable du décor et des costumes. Chaque levé de rideau était un délice pour les yeux. Le travail d’éclairage était si subtilement mené que certains décors en étaient presque féériques (dans le quatrième acte, en particulier, qui se déroule à l’aube).

La mise en scène, bien que très conventionnelle, n’en était pas moins efficace. Tom Diamond (le metteur en scène) et Noëlle-Émilie Desbiens (la chorégraphe) sont parvenus à bien maîtriser la tension, une composante essentielle de cette tragédie. Ils seraient sans doute ravis d’apprendre que la salle était fébrile tout au long du troisième acte, lors du combat entre Mercutio et Tybalt.

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Le spectacle s’est terminé sur une ovation bien méritée. La première représentation de Roméo et Juliette a non seulement été un franc succès pour l’Opéra de Montréal, mais aussi un magnifique cadeau pour Marie-Ève Munger, qui a enfin pu renouer avec son tout premier public : le public québécois.

Crédit photo : Gabriel Talbot/MatTv.ca

Texte révisé par : Bianca Beato

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