Punk Makes Us Who We Are

Retour sur la 2e édition de 77 Montréal

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 © Maryse Phaneuf/MatTv.ca

Par : Maxime D.-Pomerleau

Quelle excellente stratégie de 77 Montréal d’avoir mis Iron Chic en ouverture de festival. Déjà à 13 h 30, une grosse foule était sur le parterre de la scène ouest, plus nombreuse que l’an dernier à pareille heure. Il n’y a pas mieux pour entamer la journée les deux pieds dans le punk que le groupe du Long Island à l’éthique DIY reconnue et aux textes lourds teintés d’un existentialisme anxiogène. Prévu pour jouer 45 minutes, Jason Lubrano a cependant coupé court à la fête après 30 minutes de prestation sobre mais soutenue. En bonus, la présence de Mattie Jo Canino, chanteur de RVIVR, dont on a presque pas entendu la voix en raison des problèmes de micro.

On écoute de loin Steve Ignorant (de Crass) avec Paranoid Visions s’égosiller, car on décide de rester près de la scène et d’attendre les vedettes de l’événement : L7. Le groupe de Californiennes, figures de la scène grunge et riot grrrls avant l’heure, était de passage à Montréal dans sa série de concerts marquant leur retour à la musique en 2017. À la question pourquoi ont-elles décidé de se reformer, Donita Sparks a répondu : « I came back to bitch! », entonnant du même coup l’entraînante chanson pop punk, lancée plus tôt cette année. On a aussi pu entendre Fuel My Fire et Pretend We’re Dead, en même temps qu’on prenait notre première douche de la journée, arrosées par les tuyaux d’incendie du festival. Entre deux tresses pour babes et un tour chez le barbier, je soumets pour la prochaine édition des chaises de massage. Plusieurs punks ont le corps amoché de toutes ces années à pogoter et ont mal au dos après deux bands. Pensez-y!

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Migration vers la scène est pour écouter The Planet Smashers dans le gazon, dans un rare coin d’ombre du site. Même si ça fait 42 399 fois qu’on les voit, on ne peut s’empêcher de secouer la tête et les épaules et danser au son de leur musique. Blind, Life of the Party, Raise Your Glass, Super Orgy Porno Party, J’aime ta femme (I Like your Girl) et l’emblématique Sk8 or Die ont toutes été jouées, pas nécessairement dans cet ordre. Il y a cependant eu plus de réfractaires à vouloir s’agenouiller par terre pour la fameuse Surfin’ in Tofino, peut-être parce que le sable était devenu de la boue avec les multiples arrosages de la foule. Lisez notre entrevue avec Matt Collyer!

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Retour à l’ouest pour Anti-Flag, qui visite souvent le Québec! Fidèle à leurs habitudes, le groupe a diverti la foule au son de ses meilleurs succès. Leur reprise de Should I Stay or Should I Go? marque le moment de changer de site pour se diriger vers le Jardin YulEat pour No Policy et Satanic Surfers, en faisant un petit détour pour les première notes de Sick Of It All. Un gros bloc hardcore en perspective, avec No Policy qui témoignait parfaitement du son de la scène nord-américaine des années 80. La petite mais dense foule était contente de (re)découvrir le groupe montréalais, dont les derniers shows datent de plus de 20 ans. Les surfeurs sataniques ont pris le relais avec leur skate punk agressif, le guitariste lançant un senti « Faites du bruit! » à la foule, surprise d’entendre autre chose que merci en français. Les boys étaient contents! Avec Suicidal Tendencies, qui sera en vedette en soirée sur la scène est, on peut dire que le punk vindicatif et anarchiste garde toute sa fougue, et ses textes empreints d’agressivité mais de solidarité.

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La découverte du festival, car il y en a toujours une : The Interrupters, un excellent groupe ska-punk qu’on peut qualifier de Rancid avec une voix féminine. Il est le premier groupe de ska frontée par une femme depuis No Doubt à avoir un hit dans les radios alternatives américaines. Il fait partie du Warped Tour 2018 et vous pouvez voir ici leur performance de She’s Kerosene à l’émission de Jimmy Kimmel, enregistrée la veille de 77 Montréal. Une petite bombe sur laquelle Evenko peut être fier d’avoir mis la main.

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On mange de la salade de quinoa ou des pâtes (Dieu merci, il n’y avait pas que des burgers et de la poutine!) au stand Broke & Stoke où on rencontre plusieurs amis de la scène locale montréalaise, avant de retourner faire nos curieuses voir AFI. Avec Rise Against, les deux groupes au fort bagage mélodique ont surpris en offrant des performances loin du pilote automatique. Les voix de Davey Havock et de Tim Mcllrath sonnent toujours aussi juste, aucunement affectées par l’âge. AFI a commencé en force avec le mégahit Girl’s Not Grey, poursuivant avec un enchaînement comprenant surtout des vieux succès de leurs albums Sing the Sorrow, The Art of Drowning et DECEMBERUNDERGROUND. La foule enthousiaste s’est époumonée sur Miss Murder, qui a clos leur concert. Rise Against suivait sur la même scène, et même si l’ambiance était plus calme que la finale du festival l’an dernier, on sentait une frénésie de revoir le groupe au parc Jean-Drapeau après tant d’années (ceux qui étaient à leur concert avec Rancid en juillet 2009 s’en souviennent encore!).

Venu présenter quelques nouvelles pièces de leur dernier album Wolves, paru en 2017, le groupe a surtout pigé dans un répertoire rassembleur. Les récentes Megaphone, House on Fire et The Violence côtoient bien les plus vielles Give it All, Ready to Fall, I Don’t Want to Be Here Anymore, et autres Blood-Red, White and Blue, pour ne nommer que celles-là. Le titre est d’ailleurs un clin d’œil à Survive, parue sur l’incroyable album The Sufferer & the Witness, et que plusieurs portent en secret comme un hymne. On a même eu droit à un segment acoustique de Tim, avec Voices Off Camera et les poignantes Hero of War et LA ballade Swing Life Away.

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Les textes engagés du groupe n’ont toujours rien perdu de leur véracité et leur mordant, et sont un baume pour tous ceux et celles qui étaient à 77 Montréal hier, et qui aspirent à autre chose que la montée des discours d’intolérance dans l’espace public. Des chansons comme Prayer of the Refugee gagneraient à être diffusées sur toutes les tribunes, dans ces temps de chaos politique, de repli sur soi et du rejet des autres cultures.

Une fois de plus, 77 Montréal a prouvé que le punk est loin d’être mort, et que ses branches ska, hardcore et pop sont autant de manifestations de la pertinence et de la vitalité de la scène. Sous ses airs corporatistes pas très punks, l’événement rassemble tout de même une communauté qui partage des valeurs de respect, de paix et d’inclusion et qui s’emploie, le reste de l’année, à faire changer les mentalités. À l’année prochaine!

#77Montreal

Crédit photo : © Maryse Phaneuf/MatTv.ca

Texte révisé par : Johanne Mathieu

Écrit par

Geekette de la musique de champ gauche, passionnée de culture et de médias, animatrice radio, artiste en performance et petite voyageuse. Doyenne des collaboratrices de MatTv.ca!

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