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Philippe Boutin extrême

Il n’aurait pas fallu descendre du singe

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© Danny Taillon

Par : Sébastien Bouthillier

« En art, ce sont les extrêmes qui m’intéressent. Ils sont provocants, baveux, purs, intenses, révélateurs », confie Philippe Boutin. L’auteur et metteur en scène possède une impressionnante culture générale, qui nourrit son imagination et qu’il partage dans ses créations. En effet, sa volonté de ratisser large dans l’histoire de la civilisation transpire de ses spectacles. Après Le vin herbé, l’événement démesuré accueilli par l’Arsenal l’été dernier, l’intime salle Fred-Barry propose Being Philippe Gold. Un one-man-show pour l’Homme et celui qui le singe.

Au commencement de la civilisation donc, l’Homme descend du singe. Le primate a engendré le mime en fait, l’Homme n’ayant pas encore de langage. L’humour surgira à travers la prise de parole, la bête et son successeur oscilleront alors entre raison et absurdité. Un humour fin, mais dérisoire, tissé par les jeux de mots et les mimes des comédiens Gabriel D’Almeida Freitas, Christophe Payeur et Simon Landry-Désy. On se demande presque si le singe sait qu’il a engendré l’Homme, ce clown… ou si le mime a oublié son ascendance. Le jeu de miroir renvoie parfois une image déformée de soi ou de l’autre.

Son ami Emmanuel Schwartz compare l’imagination de Boutin à un « univers en décalage dessinant les contours d’une œuvre viscérale, instinctive et sans compromis. Un travail sur le trop-plein de signifiants de notre époque, un théâtre épique qui côtoie le happening, des récits qui font opérer clins d’yeux anachroniques et romantisme assumé en cocktails explosifs pour spectateurs dégourdis ».

Ironique, l’auteur et metteur en scène présente quelques tableaux, dont celui anachronique où sa gracieuse majesté le roi Soleil accorde une entrevue intimiste à un journaliste. Louis XIV déclare son narcissisme et se livre comme si le lexique de la psychanalyse existait déjà à son époque. Que l’incarnation du pouvoir absolu soit consciente de ses états d’âme et du faire semblant protocolaire se pourrait, mais qu’il les révèle au public semble inouï. Boutin dévoile son talent d’y avoir pensé.

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En libérant la parole dans le dernier tableau, Philippe Boutin écorche la pensée conforme à la rectitude politique, la nouvelle religion laïque obligatoire. L’ambiguïté de la mise en scène laisse planer le doute sur le degré du propos : premier ou second? Si c’est le premier, la police morale qui pense bien pourrait lui reprocher sa prise de position. Si c’est le second, le mime opinant atténuerait la portée politiquement incorrecte des questions qu’il pose au public parce qu’un mime qui parle transgresse ce qu’il doit être, muet, et formulerait de mauvaises blagues.

Crédit photo : © Danny Taillon

 Texte corrigé par : Annie Simard

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