Oxmo Puccino au Métropolis

Oxmo Puccino : rappeur de l’amour

©2016_benoit rousseau_francofolies de montreal_3- Oxmo PuccinoDSC_3118©Benoît Rousseau / Spectra

Par : Ambre Sachet

Une performance magique aux allures d’onirisme et de représentation théâtrale : voilà comment Oxmo Puccino a dévoilé son dernier album La Voix Lactée (2015) le samedi 11 juin dernier au Métropolis de Montréal. Qui de mieux placé qu’un troubadour de la francophonie pour célébrer la 28e édition du festival des FrancoFolies?

Il n’était pas évident de fouler la scène du Métropolis avant Oxmo, mais c’est avec panache, trompette, flûte et influences de blues que David Dufour, alias D-Track, a proposé son slam tout en ondes positives et en jeux de mots tantôt humoristiques tantôt engagés. Un très remarqué slam sur l’islam, Y-slam, conquiert la foule tout en confirmant le talent du jeune autodidacte proclamé quatrième meilleur slameur au monde à Paris en 2014.

Voix grave, ensemble sobre et bleu électrique à l’image de sa présence, charisme flagrant et petits pas de côté, textes cinglants, style laconique, aucun doute : l’un des pionniers du rap français fait son entrée, avec Slow Life et l’éloge de la lenteur, même si c’est plutôt l’énergie monstre du chanteur qui gagne la salle par cette introduction.

 ©2016_benoit rousseau_francofolies de montreal_3- Oxmo PuccinoDSC_3200          ©Benoît Rousseau / Spectra

Sublimement accompagné de ses deux guitaristes, d’un batteur et d’un claviériste dont le magnétisme réussit avec succès à recréer le ton mélancolique avec lequel le rappeur-poète signe chacun de ses albums, Oxmo enchaîne plusieurs titres de son sixième album Roi sans carrosse (2012) dont Roi sans carrosse et Le sucre pimenté, avant de délivrer avec À cheval sûr son huitième et dernier album à la frontière entre espace et temps, audace et passion.

Le plaisir communicatif des quelque 6500 privilégiés présents et la jouissance du jeu de scène atteignent leur paroxysme lorsque celui qui se décrit comme chansonnier avoue qu’il assume clairement le titre de rappeur de l’amour, avant de rappeler qu’en amour rien n’est acquis et d’entamer Amour et propriété. Après 1998 et Une chance, le très attendu et incontournable J’ai mal au mic issu de l’album L’amour est mort (2001) entraîne l’euphorie générale après un jeu de changement de micro en guise d’introduction du célèbre classique, dithyrambe moderne du rap que le chanteur a connu.

oxmo©Benoît Rousseau / Spectra

À chaque transition son personnage, à chaque chanson son message, dont les leitmotivs restent avant tout l’émotion à l’état brut et l’amour inconditionnel des mots. Instrumentale douce et chaude sur fond de néons jaunes, « entre avenir et origines », le Soleil du nord (L’Arme de paix, 2009) perce l’abcès de la misère et de la solitude au cœur du cocon familial en tant qu’entité bouleversée et en constante évolution. Né au Mali, Oxmo grandit dans le Danube, un quartier banlieusard de Paris miné par la drogue et les inégalités sociales. Élevé au milieu des livres, Oxmo décortique le verbe aussi bien qu’il articule, et pétrit le phrasé, dont le contrôle rappelle celui de MC Solaar.

Après un enthousiaste Papaëlla, Oxmo effectue un vibrant retour à ses débuts avec L’enfant seul (Opéra Puccino, 1998) dans lequel universalité, identification et affection se côtoient sur une mélodie aux influences parnassiennes. Entre positivité notoire incarnée par Toucher l’horizon (Cactus de Sibérie, 2004) et omniprésence de thèmes sombres rappelée par Doux or die, Alias Jon Smoke (Opéra Puccino), les textes du maître de l’oxymore évoquent l’hymne à la beauté dans la souffrance de Baudelaire et ses Fleurs du Mal. Mais à défaut d’un dégoût de l’existence, le contemporain d’IAM et NTM incarne avant tout un spleen lumineux et plein d’espoir.

 ©2016_benoit rousseau_francofolies de montreal_3- Oxmo PuccinoBEN_3861 ©Benoît Rousseau / Spectra

Après Au pays d’Alice (2014), album composé en collaboration avec le musicien Ibrahim Maalouf, l’importance de l’instrument reste primordial pour celui qu’on surnomme le « Black Jacques Brel » qui, flânant entre hip-hop engagé, jazz groovy et sonorités africaines, reste inclassable quant à son appartenance à un quelconque style musical. Après un cœur formé en direction des spectateurs, concertation avec ses acolytes et contamination d’une prestance et d’une voix chaleureuses, le rappeur de 41 ans ne peut pas s’empêcher de succomber au rappel.

Plus qu’un concert, c’est une offrande, que personne ne voulait voir toucher à sa fin. Oui je, Mama Lova – titre porte-bonheur synonyme du début du parcours sentimental du chanteur – et Les potos ont conclu cette soirée unique, lyrique et feel-good dédiée aux fanatiques du rythme. Mais même si Jhon Rachid a parfois mal au rap, celui-ci évolue constamment, tout comme sa relève littéraire et recherchée, dont les jeunes artistes D-Track et Nekfeu pourraient bien faire partie. Définitivement, l’amour du rap et du français est loin d’être mort…

 Texte révisé par : Annie Simard

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