Le Sang de Michi coule au Prospero

Spectacle cruel révélateur d’humanité au sous-sol du théâtre

Le sang de Michi par Pierre Castera (1@)

© Pierre Castera

Par Sébastien Bouthillier

Le Sang de Michi attire le spectateur vers le fond. D’ailleurs, la pièce se déroule dans la salle intime, située au sous-sol, aménagée en taudis. La descente de l’escalier nous révèle qu’un couple dysfonctionnel habite ce trou.

La mise en scène hyperréaliste d’Olivier Arteau dérange, c’est son but. « Le Sang de Michi est un désir de cohabiter avec la différence et ébranler nos certitudes », annonce-t-il.

Le spectateur veut s’arracher de son siège pour s’enfuir des tableaux insupportables que livrent les personnages fragiles, mais violents et cruels. Leur désœuvrement transforme le public en voyeur qui les épie par la porte entrouverte.

L’auteur Franz Xaver Krœtz accorde la parole aux laissés-pour-compte de la société dont il se sert pour critiquer les mœurs dans un style antithéâtral. Les insignifiantes querelles quotidiennes deviennent tragiques à travers les répliques agressives de ses personnages. Le joual restitue bien l’intention irrévérencieuse de cet Allemand. Pour le metteur en scène, il s’agit « d’élever les mots de Krœtz et en faire jaillir toute l’humanité ».

La misère quotidienne scelle le déclin de Karl (Marc-Antoine Marceau) et Marie (Ariel Charest), bientôt enceinte de son cinquième rejeton. Aussi pauvres matériellement que simples d’esprit, ils ne s’adressent que des reproches faits de lieux communs et de dictons surannés.

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Leur seul accord : la grossesse en trop à laquelle ils remédient – c’est abominable! – la conscience éviscérée. « La première meilleure chose qui peut t’arriver, c’est de ne pas naître. La deuxième meilleure chose, c’est de mourir jeune », assure Karl avec une crédulité déconcertante.

Au rayon de l’âme, Mike s’avère un psychopathe antisocial; incapable d’empathie et de respect, il démontre son égoïsme. Marie vit dans le déni, y compris d’elle-même, soumise à son chum comme à son amant (Jean-Pierre Cloutier). Celui-ci profite d’elle, mais s’écrase de lâcheté, au lieu de la protéger, dès que Karl la menace; il est pourtant capable de revendiquer son morceau de poulet…  Dans Négresse, la violent-ils?

L’approche kinesthésique du théâtre de la compagnie Kata accentue la perception du spectateur. Les projections vidéo, la respiration captée par les micros et la trame sonore amplifient la léthargie de Marie et les scènes érotiques. La nourriture mangée sur scène jette un doute dès le début, celui d’observer les protagonistes sans raison, sauf pour le plaisir morbide, illicite, qu’éprouve un voyeur.

Le Sang de Michi, précédé de Négresse, dans la salle intime du théâtre Prospero jusqu’au 29 octobre.

Crédit photo : Pierre Castera

Texte révisé par : Marie-Eve Brisebois

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