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Le jeu de l’amour et du hasard : Je te désire moi non plus

Exquis marivaudages

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Par : Marie-Claude Lessard

En paix avec sa décision de prendre sa retraite du jeu (au théâtre seulement), Alain Zouvi a choisi pour sa première mise en scène au TNM une pièce très chère à son cœur dans laquelle il a tenu le même rôle que son père, Jacques Zouvi, à 20 années d’intervalle : Le Jeu de l’amour et du hasard de Marivaux.

Cette histoire de duperies débute par le désir de Silvia (Bénédicte Décary) de se déguiser en sa suivante, Lisette (Catherine Trudeau), pour mieux étudier Dorante (David Savard), l’homme auquel son père Orgon (Louis Chassé) l’a promise. Cependant, la jeune femme ignore que Dorante a eu la même idée en prenant la place de son valet Arlequin (Marc Beaupré).

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Campant ce classique de la comédie française dans un  magnifique jardin provincial signé Jean Bard où règnent d’imposantes colonnes de haies, un bassin d’eau et des piaillements d’oiseaux, Zouvi instaure une ambiance légère collée à ce qu’on connait de l’œuvre originale mais se permet certaines libertés, notamment au niveau de l’accentuation des animosités entre maîtres et valets. En effet, les jeux de travestissements entre les classes sociales s’avèrent bien moins innocents que veulent le faire croire les apparences.

À travers des amourettes si charmantes qu’elles donnent envie de tomber (ou retomber) amoureux, les vérités éclatent. Les ressentiments se dévoilent avec fureur au rythme des coups de foudre passionnés. Dans la peau de la maîtresse, la suivante crache son venin, manifeste son dégoût ressemblant davantage à de la jalousie. La maîtresse, trop choquée par cette révélation et embourbée dans sa vanité, ne réalise pas les misères quotidiennes et l’humiliation auxquelles sont confrontées les bonnes. Ces conflits et attitudes mesquines trouvent un bel écho dans le jeu des comédiens. Idem pour le dilemme moral et confus opposant le cœur et la raison (soit l’interdiction de relations matrimoniales entre des classes sociales différentes).

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L’enfilade de quiproquos et rebondissements loufoques se déroule dans une atmosphère si inoffensive que même si elle renferme des enjeux sérieux, elle renvoie inévitablement à une finale de conte de fées. Donc, bien que Le jeu de l’amour et du hasard comporte de nombreuses parcelles d’humour, la grande prévisibilité du dénouement entraîne certaines longueurs.  Heureusement, puisqu’ils sont au courant des manigances, les  taquins personnages d’Orgon et son fils Mario (Philippe Thibault-Denis), brillamment incarnés, brouillent les cartes d’un œil amusé et complice avec les spectateurs.

Appuyée par des éclairages splendides de Nicolas Ricard et une trame sonore tout aussi resplendissante de Christian Thomas, la distribution jouit d’une habile direction d’acteurs malgré le fait que la mise en scène utilise à répétition certains déplacements dont feindre de quitter la scène. Lumineuse et magnétique dans chacune de ses expressions faciales, Catherine Trudeau vole la vedette dans le rôle de Lisette. Le couple qu’elle forme avec l’hilarant Marc Beaupré, qui a enfin l’occasion de ne pas jouer les durs à cuire, s’avère absolument adorable et attachant. La preuve, leur baiser a suscité de vives réactions dans la salle.

L’union entre Silvia et Dorante procure moins d’éclats. David Savard offre une composition convaincante, mais Bénédicte Décary semble moins à l’aise. Les émotions qu’elle transmet semblent forcées. Le couple manque d’étincelles car il tourne trop longtemps autour du pot. La preuve, leur baiser n’a suscité aucune réaction dans la salle.

Bref, Le jeu de l’amour et du hasard débarque sur les planches juste à temps pour savourer les délices du printemps!

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