La chronique littéraire : Les ovaires, l’hypothalamus et le coeur

Voyage au cœur de la femme

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Par : Johanne Mathieu

Avec Les ovaires, l’hypothalamus et le cœur, paru chez Septentrion dans la collection Hamac, Camille Deslauriers nous propose un portrait éclectique et très moderne de la femme, où les différentes facettes de celle-ci se fragmentent et se multiplient pour en créer une image complexe et intrigante.

Elle voudrait une vie symétrique alors que ce n’est pas le cas. Elle manque de temps, elle exagère. Elle scelle ses étés dans des pots Mason. Elle a ses manies, elle se ronge de complexes ou se retrouve prisonnière sous le regard de sa mère. Elle collectionne les mots inventés et les régimes ou succombe à une orgie de nourriture, pour ne pas gaspiller celle-ci. Dans sa vie, les hommes ne font que passer et disparaissent, mais les chats restent. Elle n’a pas d’enfants et clame tout haut son refus d’en avoir. Malgré cela, la nuit, elle fait des rêves – ou des cauchemars – inquiétants d’accouchement difficile ou de bébés qui s’évaporent avant l’aube…

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© Françoise Picard-Cloutier/ledevoir.com

Les ovaires, l’hypothalamus, et le cœur… Tout est là. Le cœur de cette œuvre est la femme. Sous la plume de l’auteure, elle est intense, carriériste, libre, indépendante ou dépensière. La manière dont le recueil a été écrit et la vision singulière sont présentées de façon intéressante. Tout d’abord, cette façon qu’a l’auteure d’omettre les virgules dans les énumérations qui donne du souffle et du rythme à l’œuvre. La générosité et l’abondance des mots sont là pour notre plus grand plaisir, alors que les tournures de phrase sont tantôt poétiques, ironiques ou cinglantes. Les descriptions sont très imagées. Et puis le ton est mordant, penchant parfois vers l’arrogance, et drôle. Les sujets qu’aborde Camille Deslauriers sont encore tabous : les troubles de l’alimentation, le carriérisme, la dépression ou le refus d’avoir des enfants. La vision de l’auteure et le regard qu’elle porte sur la femme est ultraréaliste. Ça pourrait être notre sœur, une amie, notre mère… ou nous-même. Ce recueil de nouvelles est aussi à l’image des personnages qui campent ses pages : intense, libre, mais criant de vérité. Et on aime ça.

Les ovaires, l’hypothalamus et le cœur, de Camille Deslauriers (2018), Éditions du Septentrion, Collection Hamac, Québec, 128 pages.

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