La chronique littéraire : L’albatros et la mésange

Tout est question d’apprivoisement

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Par : Johanne Mathieu

Dans la vie, nous sommes amenés à avoir des croyances, des convictions et des idées parfois bien arrêtées sur les choses. Nous sommes aussi amenés à les questionner, au contact des autres et selon les expériences que l’on vit ou les épreuves que l’on traverse. C’est ce que démontre entre autres Dominique Demers, dans son roman L’albatros et la mésange, paru aux Éditions Québec Amérique. Une longue réflexion de quelque 392 pages sur la vie, sur notre place à prendre dans celle-ci, sur la foi et ses possibles facettes, sur la recherche de soi, sur notre rapport aux autres mais aussi à la nature… 

Mélodie et Jean-Baptiste ont tous les deux 17 ans. Elle prend ses études à cœur et cohabite avec sa mère, il se consacre corps et âme à un projet d’éthologie, l’étude du comportement des oiseaux, et vit au sein d’une famille nombreuse. Mais ils sont aussi torturés : elle tente de survivre à une peine d’amour dévastatrice, il lutte contre une éducation religieuse envahissante. A priori, tout les sépare et leur toute première rencontre ne laisse en rien présager une quelconque relation. Et pourtant… C’est en effectuant un stage en garderie chez les parents de Jean-Baptiste que Mélodie apprendra à connaître ce dernier. Ils apprendront à s’apprécier graduellement, sous l’ombre des grands arbres du mont Royal. Leur relation se transformera peu à peu, grâce au contact de l’autre.

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Dominique Demers nous présente ici, en trame principale, la magnifique évolution de deux êtres et de leur relation, une relation qui se développe tout en lenteur. Celle-ci ne sera pas si facile, et de maladresses en gestes menus, ils finiront par se rapprocher. Si les oiseaux s’apprivoisent, les humains le font aussi. Et c’est ce que feront Jean-Baptiste et Mélodie, le zèbre et la sauterelle, l’albatros et la mésange. Si ce roman parle beaucoup d’amour, il parle de beaucoup plus que cela, car tout est une question d’apprivoisement dans cette histoire, qu’il soit question de la foi perdue en Dieu de Jean-Baptiste ou de sa relation avec son père, ou qu’il soit question de Mélodie qui a perdu ses repères et ses illusions à la suite de son chagrin d’amour ou de la manière dont elle réagira quand elle apprendra la vérité à propos du divorce de ses parents. Les convictions de chacun, qui s’affrontent et se confrontent, demandent aussi à être apprivoisées. L’auteure démontre qu’il est possible d’accueillir les convictions des autres en les respectant et non en les réfutant catégoriquement. La vie est un apprivoisement…

Dans cette œuvre très humaine et très sensible, l’auteure y aborde de multiples thèmes universels : la religion, la foi, le viol, le suicide, l’avortement, mais aussi la passion et l’émerveillement. Hymne à l’amour, à la vie et à la nature, mais aussi hymne… à la foi, peu importe la forme sous laquelle elle se présente. Une œuvre touchante en tous points.

L’albatros et la mésange, de Dominique Demers (2019), Éditions Québec Amérique, Montréal, 392 pages.

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