La chronique littéraire : La petite rose de Halley

Quand la vie éclate à petite rose

Par : Johanne Mathieu

© www.editionsboreal.qc.ca

La vie semble parfois si lisse, si heureuse, si harmonieuse et si parfaite… Une simple lettre, de simples mots, peuvent suffire pour que tout éclate, que tout explose. Comme pour les personnages de ce dernier bouquin de Rober RacineLa petite rose de Halleypublié aux Éditions du Boréal.

À soixante ans, Gregory Paxton mène une vie paisible et heureuse avec sa famille. Lui est radiologiste. Sa femme, Tania, est une habile couturière. Et il y a leur fille, Marie, qui entretient une véritable fascination pour le poète Denis Vanier. Puis un jour, il reçoit une lettre des Duciel qui lui apprend qu’il aurait tué leur petite fille alors qu’il n’avait que cinq ans, parce qu’elle était trop bruyante. Mais il n’en a aucun souvenir. Vérité ou cinéma? Comment les croire alors qu’il ne se souvient de rien? C’est alors que sa vie explose, un peu à l’image d’Hiroshima, mais à moins grande échelle. Le drame est tout de même là qui le ronge. Alors qu’il se trouve sur les lieux même d’Hiroshima pour étudier les ombres imprimées sur certains immeubles de la ville au moment de l’explosion de la première bombe atomique, il n’a désormais qu’une image qui s’imprègne dans sa tête : celle d’une petite fille fracassée dans son landau.

Ce nouveau roman de Rober Racine nous offre là une histoire de drame, et celui-ci menace l’équilibre en apparence parfait de chacun des personnages. Sous la surface, chacun d’eux ont leur petit drame, leurs petites obsessions, leur jardin secret, que l’on découvre au fil des pages. On découvre également à quel point des mots écrits noir sur blanc, dans une lettre, ont le pouvoir de détruire une vie, de la ronger, de la disséminer et de menacer une existence douce et sans faille. À cela se mêle le suspense, alors que Tania confectionne une robe pour une femme mystérieuse. La narration se veut feutrée, toujours sans soubresauts, à la même cadence, au même rythme, mais où couve tout de même la violence, les émotions et le drame. L’intrigue est créée admirablement et se termine par une chute finale surprenante. Une histoire de petites explosions existentielles, où la certitude craque face au doute, mais aussi une histoire de beauté, la musique et la poésie y occupant une belle place.

La petite rose de Halley, de Rober Racine (2018), Éditions du Boréal, Montréal, 240 pages.

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