La Bonne Âme du Se-Tchouan

Brecht revisité par Lorraine Pintal

3_YRC7985©Yves Renaud

Par : Marie-Christine Jeanty

Dans une Europe en pleine montée du nazisme, Brecht lançait en 1938 un cri d’alarme à travers La Bonne Âme du Se-Tchouan. Cet appel est aujourd’hui réactualisé par le biais de la traduction du texte allemand par Normand Canac-Marquis, la musique de Philippe Brault et la  mise en scène de Lorraine Pintal. Toute une mise en scène disons-le, qui mêle théâtre, chant et vidéo alliée à une scénographie (Lionel Arnould) nous mettant dans une ambiance de cabaret allemand tout en se projetant dans une province chinoise réinventée.

La Quête

Dans le merveilleux monde allégorique de Brecht, le spectateur suit  non seulement, la quête des dieux (ici brillamment interprété par Jean Marchand), d’une bonne âme pour sauver le Se-Tchouan, mais aussi la quête d’un avenir plus lumineux à travers cette grisaille ambiante de certains habitants ( personnifié par le petit porteur d’eau ) de la province. Shen Té, la  prostituée est celle à qui incombera la lourde tâche d’assurer la rédemption de sa province. La naïveté et le désir de faire le bien de celle-ci sont réels, mais son incapacité d’aller au bout de cette quête à cause de la fourberie des humains et la misère qui règne au Se-Tchouan la pousseront à user de ruse pour ne pas couler avec les autres.

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La Dualité

L’arrivée de l’alter ego de Shen Té, son « cousin » Shui Ta, illustre bien cette dualité que vivent les humains entre le bien et le mal. Sommes-nous véritablement bons ou sommes-nous bons quand les circonstances nous le permettent? C’est une des nombreuses questions que pose Brecht à travers cette pièce parabole. La comédienne Isabelle Blais brille dans ce double rôle qu’elle porte avec nuance et dextérité. Le personnage de l’aviateur, Yang Sun à la base semble n’être qu’un autre profiteur, mais le jeu en nuance d’Émile Proulx-Cloutier amène le spectateur plus loin dans sa réflexion.

Entre légèreté et engagement

Dans sa mise en scène, Lorraine Pintal donne un élan de légèreté au texte de Brecht. Elle a su respecter ce désir de l’auteur d’offrir du divertissement engagé afin de sensibiliser les esprits aux atrocités qui nous entourent. Un pari réussi, car pour moi, elle parvient à élever nos âmes et à susciter la réflexion chez chacun des spectateurs, et ce, malgré quelques longueurs. La musique de Philippe Brault qui a composé les quelque dix-neuf chansons et les transitions de cette pièce joue un rôle essentiel dans la création de cette ambiance à mi-chemin entre le cabaret baroque et les sonorités plus chinoises. Une pièce de Brecht qui est donc d’actualité avec les bouleversements sur l’échiquier mondial actuel. Pour Brecht, il faut le rappeler, la révolution sera collective ou elle ne le sera pas.

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©Yves Renaud

La Bonne Âme du Se-Tchouan est une réflexion sur la charité, l’économie et l’humanité. L’audacieuse pièce de Bertol Brecht est présentée au TNM jusqu’au 11 février 2017 et des supplémentaires le dimanche 12 février à 14  h et le mercredi 15 février à 19 h 30. Une mise en scène de Lorraine Pintal avec une quizaine de comédiens dont Isabelle Blais, Émile Cloutier-Proulx, France Castel, Linda Sorgini, Louise Forestier, Daniel Parent, Jean Marchand et Marie Tifo. La pièce sera également présentée au Théâtre français du Centre National des Arts du Canada à Ottawa du 1er au 4 mars 2017.  Pour plus d’infos : Billetterie TNM

Crédit photo : ©Yves Renaud

Texte corrigé par : Annie Simard

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