Jerk !

Solo trash d’un marionnettiste tueur

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© Mathilde Darel

Par Sébastien Bouthillier

Épuisé par ce rôle qui l’accule au bout de lui-même et qui l’approche dangereusement près de la limite psychologique de l’insupportable où le guette la folie, Jonathan Capdvielle renoncera à jouer le marionnettiste ventriloque à l’esthétique gore qu’exige Jerk. Comment, en alliant sexualité crue et violence sordide, le genre gore peut-il engendrer une quelque beauté ?

Pourtant, Jonathan Capdvielle prête corps et voix à David Brooks, l’adolescent complice du redoutable meurtrier en série Dean Corll. Cet adepte des jeux sadomasochistes battu par son père alcoolique est soupçonné de la disparition et de l’assassinat de 27 garçons à Houston, au début des années 70. Dénoncé par Brooks, il a été abattu par son autre complice, Wayne Henley.

Jonathan Capdvielle se laisse envahir sans complexe par le récit macabre. D’abord, en tant que comédien, il incarne Brooks tenant une marionnette représentant le diabolique Corll manipulant d’autres marionnettes, ses jeunes victimes. Au cours du spectacle ensuite, par ventriloquie, il prête voix aux ultimes paroles des enfants.

David Brooks habite tant le corps du comédien qu’on se demande s’il se soumet à un rôle ou s’il s’inflige de sévices cruels. Les marionnettes sont tirées par des ficelles comme Dean Corll manipulait et soumettait aux caprices abjects de son esprit décadent ses deux complices subjugués et les enfants qu’ils attiraient dans leurs rets. Le serial killer les possédait et, seul sur scène, l’acteur s’abandonne à eux.

Pourquoi donc quitter le confort de son foyer au cœur de janvier pour assister à un spectacle si effroyable ? La réponse repose dans l’esthétique gore : le fond de l’histoire se conjugue à la forme retenue pour la narrer. La justesse du jeu confère à Jerk le statut d’œuvre-culte dès sa création, en 2008, par Gisèle Vienne et Dennis Cooper, à qui l’on doit The Ventriloquists Convention, présenté au FTA en 2016. Jerk a déjà été joué à Montréal en février 2010, à La Chapelle.

Jerk, jusqu’au 21 janvier à l’Usine C.

Texte révisé par : Ho-Chi Tsui

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