«Je t’aime» de Adib Alkhalidey

Quand on n’a que l’amour…

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©Marc-Olivier Lebrun/MatTv.ca

Par Maxime D.-Pomerleau

Retenez bien ce nom : Adib Alkhalidey. Le jeune humoriste de 25 ans au verbe inspiré et au regard vif s’amène avec son premier one man show intitulé Je t’aime. MatTv.ca l’a rencontré à la conférence de presse tenue chez Juliette et Chocolat pour discuter de son processus de création.

 

Portrait

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On a d’abord connu Adib Alkhalidey avec des numéros sur ses origines irako-marocaines, parfaitement à l’image des humoristes québécois d’origines métissées qui colorent le milieu de l’humour de leur regard rafraîchissant sur les phénomènes de société. Il avait retiré ce numéro du spectacle Je t’aime, ne le jugeant plus nécessaire, pour ensuite le remettre lorsque les débats sur la Charte des valeurs ont émergé.

Avec sa formule de stand up classique conjuguant les anecdotes vécues aux observations de la vie quotidienne, Adib ratisse large sur les thèmes abordés dans son spectacle. « Je parle de moi, des gens, de la langue française, de mes premières jobs, des réseaux sociaux, d’internet, de l’homophobie… j’ai même un numéro sur l’hiver! »

« Je voulais bâtir un spectacle qui ressemblerait  à une conversation avec un ami. Il y a autant un côté de moi qui est axé sur le propos, autant il y a des numéros qui sont un peu plus niaiseux parce que je trouve ça important d’harmoniser l’intelligence et l’idiotie, ça donne le rythme au spectacle. »

Outre un langage réfléchi et imagé, la signature d’Adib se trouve aussi dans cette harmonie au sein de ses numéros, cet équilibre entre son côté adulte et son côté enfantin, qu’il cultive au même titre que son acharnement au travail. Un véritable projet de vie , comme celui d’avoir une carrière qui attirera l’attention du public artistiquement parlant plutôt que « marketingment » parlant, processus qu’il qualifie de Miley Cyrusicisation de l’industrie et qu’il trouve plutôt déplorable.

 

Beau comme on s’aime

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C’est sur cette populaire pièce de Yann Perreault que s’ouvre le spectacle. Pourquoi Je t’aime? La réponse est directe : « Pour ne pas l’appeler Fuck You! »

On est porté à croire, avec le vent d’intolérance qui souffle actuellement sur le Québec que la population a besoin d’amour. Adib, qui a observé beaucoup de méchanceté dernièrement sur les réseaux sociaux (il n’a pas été épargné) et dans les médias traditionnels, arrive en sauveur aimant mais moins « preacher » que Jésus. « C’est plutôt un état d’esprit que j’essaie d’installer, d’abord chez moi, puis chez les gens qui viennent voir le show ». Un Je t’aime générique, offert au public, qui en fait ce que bon lui semble après.

Avec son spectacle, Alkhalidey livre une interprétation très personnelle du monde. « Je trouve ça plate de parler d’humour engagé seulement quand on parle de politique et d’économie. Pour moi l’humour engagé c’est aussi parler de la façon dont on vit ensemble et qu’on cohabite » dit l’humoriste, qui propose ici un bon remède au cynisme ambiant.

Gagnant du convoité prix Découverte de l’année aux derniers Gala des Olivier, l’artiste garde la tête froide et se considère chanceux d’exercer un métier qui le passionne. Les récompenses démontrent la reconnaissance des pairs et donnent une certaine crédibilité médiatique mais n’influencent pas sa manière d’écrire ni de travailler. Le prix arrive à point au début de la carrière du jeune auteur qui multiplie les projets sur différentes plateformes. De ses chroniques à la radio en passant par ses nombreuses apparitions sur les plateaux de télé et ses vidéos en ligne, ses implications lui permettent de développer son instinct citoyen. Commenter et rire de l’actualité sur une base quotidienne, chose qu’il ne fait pas sur scène où ses numéros sont davantage le fruit de réflexions poussées, le réconcilie avec le monde des médias.

Aussi magique que cela puisse paraître, c’est Martin Matte qui a proposé à Adib d’assurer la mise en scène de son spectacle, lançant du même coup un son de cloche au public québécois quant à la qualité de la production à venir. Outre son talent de raconteur et son sens du punch invétéré, c’est aussi la personnalité et les valeurs de son protégé qui ont séduit le populaire humoriste. Les deux artistes, bien que travaillant dans un style différent, offrent tous deux des spectacles intelligents, drôles et accessibles à tous.

 

Créateur inspiré

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Lorsqu’il n’est pas en mode promo pour son one man show, Adib est plutôt casanier; il joue à FIFA 14 contre des Chinois au Play Station 3 (du moins, c’est ce qu’il aime croire) et profite de son appartement pour relaxer, lire et jouer de la guitare. « C’est un autre défi d’écriture. J’aime tellement écrire des paroles et de la musique, c’est relaxant, c’est le fun, ça te fait créer différemment ». Jacques Brel, son idole de la musique française qui le suit jusque dans la douche, est une grande inspiration pour cet amoureux des mots qui caresse le rêve d’écrire un jour pour quelqu’un d’autre. « Avant je passais ma vie en jokes, maintenant je la passe en rimes, peut-être qu’un jour ce sera un scénario! »

S’il croit à ce stade-ci de sa carrière être davantage connu pour ses cheveux que pour ses gags, il garde espoir que le public québécois va bientôt savoir épeler son nom « Ça m’a pris moi-même quelques années à pouvoir l’écrire correctement, il faut laisser un peu de temps! »

Il n’a pas encore commencé sa tournée officielle que déjà des supplémentaires s’ajoutent à sa feuille de route, signe que l’amour est réciproque entre lui et l’audience. Adib Alkhalidey brisera officiellement la glace au Théâtre St-Denis 2 le 27 novembre prochain et sera de passage à Québec le 20 novembre et à Laval le 26 novembre. Parions que la lune de miel entre l’humoriste et le public québécois ne fait que commencer.

#Jetaime

Crédit Photo: Marc-Olivier Lebrun/MatTv.ca

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