J’abandonne une partie de moi que j’adapte

Êtes-vous heureux? Là est la question…

© Hubert Amiel

Par : Stefan Puchalski

Si on vous pose la question, est-ce que la gêne s’installe? Est-ce que vous éviterez d’y répondre? Est-ce que vous opterez pour la boutade? Est-ce que vous lierez votre réponse à votre travail et à la place qu’il occupe dans votre vie? Voilà l’intrigue de la pièce J’abandonne une partie de moi que j’adapte initiée et mise en scène par Justine Lequette.

Dès qu’on arrive dans la salle, une jeune fille (jouée par Léa Romagny) perchée sur une balançoire nous attend en mâchant de la gomme. Une fois la foule installée, elle se lance dans un monologue d’une jeune face au monde adulte. Elle veut faire la grasse matinée, elle veut manger du chocolat, elle veut faire ce qu’elle veut, mais elle devine qu’elle n’a pas le droit de le faire. Au contraire, les adultes ne cessent de lui poser la question : « Qu’est-ce que tu vas faire avec ta vie? » Elle est contrariée et on la comprend.

© Hubert Amiel

En s’inspirant du documentaire Chronique d’un été du sociologue Edgar Morin et du réalisateur Jean Rouch sorti en 1961, les quatre comédiens, Rémi Faure, Benjamin Lichou, Jules Puibaraud et Léa Romagny nous font revivre la genèse du film dans les rues de Paris. On revoit le moment où Morin et Rouch (joués par Faure et Puibaraud) ont eu l’idée de poser une question à chaque passant – « Êtes-vous heureux? –, et où ils convainquent leur amie Marceline d’aborder les inconnus un microphone à la main. Et on écoute attentivement les réponses qu’elle enregistre.

Dans la deuxième moitié de la pièce, on se transporte 60 années plus tard, tout en se posant les mêmes questions. Toutefois, le ton a changé. Le néolibéralisme triomphe. Là, c’est le chef d’entreprise (joué par Puibaraud) qui prend la parole afin de faire l’éloge du travail comme élément essentiel du bonheur devant trois travailleurs dubitatifs. Habillement, les quatre comédiens adoptent l’accent des deux époques. Ils maîtrisent les gestes d’hier et d’aujourd’hui à un point tel que c’est notre soif de bonheur qui ressort.

La pièce est à l’affiche à la Salle Fred-Barry du Théâtre Denise-Pelletier jusqu’au 7 septembre.

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