Glengarry Glen Ross au TRV

Une percutante réinterprétation du classique de Mamet

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©François Laplante-Delagrave

Par Marie-Claude Lessard

Chicago, 1983. Des courtiers exténués ont une semaine pour conserver leur emploi dans une agence immobilière. Afin de générer des ventes et d’accéder au tant convoité tableau d’honneur, ils s’adonnent à d’inimaginables manigances et manipulations sordides. Certains réussissent, d’autres perdent misérablement la face. Voici Glengarry Glen Ross de David Mamet, un troublant récit sur les revers pervers de la cupidité.

Cette célèbre pièce datant de plus de 30 ans, qui a également fait l’objet d’un film mettant en vedette Al Pacino et Kevin Spacey en 1992, est aujourd’hui revisitée au Théâtre du Rideau Vert par le comédien Denis Bouchard et le metteur en scène Frédéric Blanchette, tous deux grands passionnés du théâtre de Mamet. La traduction québécoise que Bouchard et Blanchette ont pondue ne dénature aucunement les dialogues directs, crus et saisissants de l’auteur, bien au contraire. Les répliques déstabilisent et captivent pendant les 85 minutes bien rodées du spectacle. Le texte agit comme un suspense. Toujours sur le qui-vive, l’auditoire s’interroge sur les motifs véritables des protagonistes et émet constamment des hypothèses sur l’aboutissement du dernier acte qui s’avère, au final, complètement ahurissant et imprévisible.  La manière dont David Mamet aborde le capitalisme, les inégalités sociales et la cupidité sans les dénoncer et émettre clairement des jugements de valeur fait réfléchir au plus haut point tellement ces sujets demeurent tristement actuels en 2016.

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©François Laplante-Delagrave

Les ingénieux décors d’Olivier Landreville regorgent de réalisme et occupent à bon escient l’espace scénique accordé. Brillamment appuyés par des éclairages astucieux et une fine pluie en arrière-plan, les acteurs se fondent à merveille dans l’ambiance des années 80. La pièce débute par l’arrivée de tous les acteurs enfilant solennellement leur habit respectif. À partir de cet instant, les spectateurs comprennent que le style vestimentaire incarne à lui-seul une métaphore sur les manières dont les personnages se perçoivent. Les vendeurs déchus qui peinent à faire la moindre transaction se font regarder de travers par les riches dirigeants condescendants. Le ton est rapidement donné; la joute incendiaire et cruelle que se livrent les comédiens est particulièrement enivrante. Les méchancetés qu’ils se déclarent indignent et marquent profondément.

Dans le rôle de Shelly Levene,  un courtier qui tente désespérément de revivre ses années de gloire, Denis Bouchard fait preuve d’une vulnérabilité et d’une détermination émouvantes. Campant Richard Roma, le jeune venu ambitieux et habile menteur, Éric Bruneau, dont il s’agit de la première présence sur la scène du Rideau Vert, donne une puissante performance. En fait, chaque acteur tire admirablement son épingle du jeu et offre de truculents monologues inoubliables.

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©François Laplante-Delagrave

Glengarry Glen Ross est présentée au Théâtre du Rideau Vert jusqu’au 27 février. Pour connaître l’horaire complet des représentations, c’est par ici.

 

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