Le Festival de Baz de Montréal

For The Record : Un habile collage cinématographique

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©Andrée-Anne Joly/MatTv.ca

Par Maxime D.-Pomerleau

C’était soir de première lundi au Théâtre du Nouveau Monde où la nouvelle production de la compagnie For The Record était dévoilée dans le cadre du Festival international de jazz de Montréal. Après le succès de Tarantino in Concert l’an dernier, le public montréalais était invité à entrer dans l’œil du flamboyant Baz LurhmannStrictly BallroomRomeo & JulietMoulin Rouge et The Great Gatsby sont les quatre films à l’honneur dans cette expérience théâtrale campée dans l’univers musical de ce réalisateur reconnu pour sa Trilogie du Rideau Rouge.

On commencera le spectacle dans la belle Vérone pour le terminer à Montmartre, en passant par l’Amérique des années folles et les salles de bal d’Australie. Autant la signature de Quentin Tarantino se trouve dans les meurtres et la musique, autant pour Baz Luhrmann, c’est la danse qui occupe une place prépondérante dans son œuvre. Cette partie est bien rendue par la précision des interprètes, qui vrillent, sautent et courent dans tous les sens pendant les deux heures que dure le spectacle. Bien qu’on les sente un peu coincés sur la petite scène du TNM, avec les cinq musiciens les accompagnant, la salle est leur terrain de jeu et ils utilisent efficacement les différents niveaux de scène, n’hésitant pas à se glisser parmi les spectateurs, qui passent de témoins à acteurs de l’action!

Là où la troupe réussit son pari, c’est dans l’habile collage cinématographique proposé. En effet, ce nouveau montage des films représente un immense travail pour savoir combiner les scènes et les époques, entrecroiser les histoires et les chansons. Comme avec Tarantino, For The Record nous permet d’identifier des patterns et de constater que les trames narratives des films de Luhrmann sont similaires. L’intensité dramatique se dessine donc de la même manière, qu’on soit dans Romeo & Juliet ou The Great Gatsby. Ainsi, les chassés-croisés avec plusieurs personnages issus de différents films en même temps sur scène fonctionnent, sans confusion.

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©Andrée-Anne Joly/MatTv.ca

Cependant, le problème avec ce genre de spectacle ne réside pas dans l’interprétation des chansons tirées des incroyables trames sonores, mais dans les segments de théâtre. Les films sont tellement cultes qu’il est impossible d’oublier la perfection des scènes choisies. Personne ne peut faire un meilleur Roméo que Leonardo DiCaprio. Personne ne peut faire une aussi bonne Daisy que Carey Mulligan. De même, personne ne peut aussi bien reproduire les mythiques scènes du balcon (Romeo & Juliet) ou du tango (Moulin Rouge) en live qu’au cinéma. La magie n’y est tout simplement pas. On se contenterait de quelques transitions jouées entre les films pour doucement nous immerger dans l’univers de chacun d’eux, mais la constante présence des comédiens, dont les scènes coupent souvent en deux les chansons (Kissing You), vient quelque peu miner l’expérience. C’est un peu bâclé pour Crazy in Love et Lady Marmalade (pourtant LE morceau de tous les morceaux) et on dénature quelques classiques de Romeo & Juliet au passage (Lovefool#1 Crush). Si les performances vocales de Joanna A. Jones sont époustouflantes, on confond trop souvent cris et notes hautes dans les pièces de groupe; les chanteurs y vont à pleins poumons et on perd le cachet de la chanson.

Le film le mieux reproduit est sans conteste Moulin Rouge, car l’exubérance des personnages rencontre le talent des acteurs, qui autrement jouent trop gros. Milena Govich dans le rôle de Satine, et James Byous dans celui de Harold Zidler sont exquis et franchement drôles. Finalement, on peut affirmer que l’ensemble du spectacle recréé l’enivrant univers du réalisateur, dans toute sa splendeur, son opulence et son effervescence.

Le public du TNM a offert une chaleureuse ovation à la troupe, signe que l’éclatant spectacle a ravi les amateurs de comédies musicales. Les amours maudites de Baz Lurhmann, l’intensité de ses histoires et l’admirable appropriation des succès de la musique pop ont trouvé écho au-delà des cabarets de Los Angeles, et se pose quelques jours dans le cœur des Montréalais. For The Record : Baz Luhrmann in Concert, au Théâtre du Nouveau Monde jusqu’au 5 juillet.

#MTLJazzFestival

©Andrée-Anne Joly/MatTv.ca

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