Florence Foster Jenkins: Pour Meryl Streep

Une autre partition sans fausse note de la triple oscarisée

florence1©Les Films Séville

Par : Marie-Claude Lessard

Meryl Streep, l’actrice fétiche des Oscars avec plus de 19 nominations à son actif, risque fort bien d’en décrocher une vingtième en 2017 grâce à sa performance du rôle-titre de Florence Foster Jenkins, quarante et unième film du réalisateur britannique Stephen Frears sorti le 12 août. Cette reconnaissance serait amplement méritée et non pas seulement une conséquence de la notoriété de la dame derrière Miranda Priestly de Devil Wears Prada, mais bien parce que Streep donne vie à un long-métrage certes charmant, mais qui manque d’éclat.

Pourtant, le sujet du film, lui, respire la flamboyance. En 1944, en pleine Deuxième Guerre mondiale, Florence Foster Jenkins, mécène et fondatrice du cabaret Verdi Club ayant réellement existée, décide de concrétiser pleinement son rêve artistique : chanter de l’opéra. Or, Jenkins possède une voix absolument atroce. Son immense fortune et sa réputation empêchent son mari, l’acteur et monologuiste sur le déclin St Clair Bayfield (Hugh Grant), et son nouveau pianiste, le talentueux mais nerveux Cosmé McMoon (Simon Helberg), de lui dévoiler la vérité. Alors, Florence enregistre des chansons et insiste pour se produire dans de prestigieuses salles, dont le mythique Carnegie Hall. Or, contre toute attente, les gens du public répondent à l’appel, certains car ils admirent le courage de Florence, d’autres car ils ont envie de se payer une franche rigolade à ses dépens. St Clair, qui entretient une relation extraconjugale avec la frivole Kathleen (Rebecca Ferguson), s’assure que la plupart des critiques ne démolissent pas les espoirs de sa femme, mais il ne peut hélas soudoyer les plus influents d’entre eux… Comment réagira la principale intéressée?

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Évidemment, l’intrigue servie ici ne propose rien de complexe et d’original, bien au contraire, mais le parcours de Florence Foster Jenkins, atteinte de syphilis pendant près de 50 ans de son existence, inspire et touche. La légèreté de cette femme naïve et extravagante qui raffole des costumes farfelus renferme une générosité exemplaire de même qu’une force de caractère prodigieuse auxquelles on ne peut qu’aspirer. Ceci dit, le film, qui comporte beaucoup trop de longueur lors de la première heure, ne développe pas suffisamment la psychologie de ses protagonistes, se contentant de leur infliger une ennuyante unidimensionnalité. En dehors des stéréotypes et des tics attribués à chacun d’entre eux, les spectateurs n’ont pas l’impression d’accéder à leur intimité, donc l’attachement ne se fait pas entièrement. Le scénario donne la sensation que les personnages n’incarnent que leur fonction narrative de base : Florence n’est qu’une héritière bien nantie qui n’arrive pas à réaliser qu’elle fausse à tout vent, McMoon n’est qu’un musicien timide qui illustre ses craintes par des rires teintés d’anxiété et St Clair n’est qu’un profiteur qui signe des chèques.

Il aurait été judicieux d’incorporer quelques rebondissements, de brouiller les cartes. Il est en effet difficile de croire que Florence ne savait aucunement qu’elle n’avait aucun talent ou que son mari n’était pas blanc comme neige. Par moments, les spectateurs penseront que la philanthrope prétend être aussi innocente pour mieux concocter une sorte de vengeance et étonner tout le monde. Or, il n’en est rien. Bien que l’oeuvre démontre habilement que l’aboutissement des rêves l’emporte sur les capacités, il n’en demeure pas moins que cette morale affiche une dérangeante absurdité dans le contexte dans lequel elle est présentée. La réalisation de Frears, lisse et dépourvue d’audace, confère au long-métrage un triste aspect téléfilm qui satisfera sans aucun doute les friands d’un bon film populaire, mais qui frustrera les cinéphiles qui veulent visionner une histoire simple dans un enrobage ingénieux et créatif. Heureusement, le trio principal affiche une magnifique chimie. Streep, sans grand étonnement, vole la vedette. Même si son personnage carbure aux exagérations, elle ne verse jamais dans le cabotinage, parvenant à bâtir une âme à sa protagoniste, et ce bien que le scénario cliché lui donne du fil à retordre. L’incroyable doigté de Meryl lui permet de livrer une composition brillante avec un rôle en panne d’étincelles.

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 Bref, même si le conservatisme de l’oeuvre jure avec l’excentricité du sujet abordé, Florence Foster Jenkins réussit à divertir et à émouvoir tout en prouvant que Meryl Streep, cette légende vivante, peut tout incarner et sans cesse se réinventer.

 

Ce film est à l’affiche depuis le 12 août.

Note : 3/5

Texte révisé par : Annie Simard

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