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Fléau

L’intimité quotidienne d’un couple dévoilée

Fléau 2 Dave St-Pierre

© Compagnie Dave St-Pierre

Par : Sébastien Bouthillier

« C’est un accident de char entre un spectacle pour enfants et de la soft porn…  Tu sais dans quoi tu t’embarques, tu sais que tu seras frustré ou en colère. Tu dois être capable de modifier tes attentes », prévient le chorégraphe Dave St-Pierre, qui présente Fléau avec son amoureux, l’artiste visuel Alex HuotMatTV s’est entretenu avec les créateurs sur leur performance de 5 heures.

Parlez-nous de Fléau

Dave : Fléau porte sur notre couple et ses défis quotidiens que nous surmontons ensemble. Comme nous durons en parlant sèchement d’amour et de mort, c’est un spectacle sans flaflas pour hypnotiser ou saturer le spectateur.

Que proposez-vous au spectateur?

Alex : Qu’il se promène en entrant et quittant la salle à son gré comme dans un musée, où il passe le temps de son choix devant un tableau. Dans notre performance, quelques tableaux sont écrits et répétés, d’autres demeurent ouverts, car une performance n’est pas n’importe quoi où tout peut survenir.

Dave : Le spectateur peut s’approcher à deux pouces de mon visage. Il se déplace comme il souhaite parce qu’il n’y a pas de sièges dans la salle.

Pourquoi ça dure 5 heures?

Alex : Parce qu’on n’est tellement pas habitués à prendre le temps!

Dave : Dans un spectacle conventionnel de 90 minutes, le défi consiste à désennuyer le spectateur. En revanche avec Fléau, nous prenons le temps d’étaler la quotidienneté et l’inconfort se révèle dans la durée. Les codes diffèrent de ceux d’un acteur sur scène, dont le jeu doit toujours avoir du sens, et les 5 heures m’épuisent moins qu’une heure et demie.

Beauté et laideur sont-elles pertinentes?

Dave : Même si nous nous inscrivons dans notre vie à deux de tous les jours, la performance est loin d’être banale parce que notre geste en spectacle est poétique.

Alex : C’est un nouveau travail artistique qui remanie les critères de réussite d’un show. Sommes-nous artistes parce que nous jouons à guichets fermés ou que le public nous ovationne? Pour Dave et moi, notre travail est accompli quand on suscite la réaction du public, qu’il se questionne, est confronté ou nous confronte.

Comment réagit le public?

Alex : À Paris et à Marseille, la diversité de réactions m’a enchanté lors de nos échanges avec le public après les représentations. J’invite mon interlocuteur à porter attention à sa réaction et ça ne me fâche pas s’il déteste.

Dave : C’est une affaire d’interprétation personnelle et les appréciations des gens sont hors de mon ressort. Dans la gamme des sensations, l’ennui importe autant que le plaisir.

Alex : Susciter une discussion s’avère essentiel. Tant mieux pour toi si tu nous trouves sublimes; pauvre toi, si tu me dis que c’est de la merde! Mais qu’est-ce qui motive ces positions variées parmi le public du même spectacle?

Quel genre d’artistes devenez-vous?

Dave : Mon travail n’est pas de divertir, d’être beau, bon et de montrer de belles affaires, d’autres le font.

Alex : La sensibilité n’est pas exclusive à l’artiste. Je connais des avocats qui ont une démarche créative dans leur pratique.

Dave : Le système artistique actuel, qui repose sur l’approbation, ne permet pas notre genre de spectacle consistant à repousser les limites, alors que la tendance est aux performances comme la nôtre. Pensons à Sleep No More à New York, par exemple.

Fléau, votre corgi, occupe la scène avec vous dans Fléau?

Alex : Il a mauvais caractère…

Dave : … comme nous deux!

Alex : Le chien n’a pas conscience d’être en représentation, il réagit à ce qui se passe. La magie de Fléau est qu’il ancre la performance dans le réel.

Fléau sera présenté à l’Usine C, durant le festival Actoral, le samedi 27 octobre.

Texte révisé par : Johanne Mathieu