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Entrevue avec José Navas

Un monstre poétique nous incite à danser

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© Valérie Simmons

Propos recueillis par Sébastien Bouthillier

À l’occasion de son premier spectacle dans l’Édifice Wilder, récemment inauguré et où l’Agora de la danse a élu domicile, l’époustouflant chorégraphe José Navas est invité à présenter l’œuvre de son choix. Comme il a bâti sa réputation en présentant plusieurs chorégraphies dans l’ancien édifice où logeait l’Agora, l’artiste montréalais propose une relecture de ses succès de 2005 et 2006 : Anatomies et Portables Dances, tandis qu’un solo de danse traditionnelle indienne s’y ajoute.

Tu plonges dans ton passé pour ce nouveau spectacle?

Nouvelle pièce ou répertoire habillé différemment, c’est une bonne question! Inédite, j’en parle comme une nouvelle pièce parce que le début, le milieu et la fin diffèrent. À l’intérieur de cette structure, se trouvent des éléments déjà présentés cependant. Nova Bhattacharya paraît au cœur d’On, pour le bharatanatyam, danse traditionnelle indienne, une première dans mon spectacle à Montréal.

L’artiste visuel Lino a reçu carte blanche de ta part?

Il a une élégance et une sobriété dans lesquelles je reconnais mon travail sous la signature de quelqu’un que je connais très peu; c’est notre deuxième collaboration. Son travail est naïf, étrange et abstrait. Wow! L’abstraction iconographique par laquelle il s’exprime m’intéresse. Je l’ai choisi une première fois pour illustrer un ballet, ce qu’il a accompli à l’aide d’animations visuelles, parce que j’aime son travail de peintre et que je possède deux de ses œuvres. Aussi, je le connais comme illustrateur, surtout d’affiches de théâtre.

Lino a eu l’idée du personnage enlacé de câbles colorés?

C’est le monstre poétique en nous qui incite à danser : l’idée vient d’une recherche avec les danseurs. L’image de tripes sortant des entrailles de ce monstre ouvre et clôt le spectacle. Elle découle de la représentation que nous avons de la vie d’artiste, notre signification de l’interprétation en danse contemporaine. Cette image touchera les gens, je l’espère.

Le monstre poétique représente l’artiste en danse contemporaine?

Oui, nous avons tous un versant de notre personnalité noir ou fort, d’où jaillissent rage, joie et rêves et nous éprouvons le besoin d’exprimer nos émotions. Comme danseurs, nous nous demandons d’où vient notre désir de bouger, voire de sacrifier notre corps pour ce métier. À l’intérieur de nous repose ce monstre qui nous incite à grimper sur scène et à se sentir sûrs, forts, à faire du corps le véhicule de nos émotions.

Tu rends aussi hommage à Alexander MacSween et à Marc Parent…

Oui, le musicien et l’éclairagiste ont créé les pièces les plus importantes de ma carrière avec moi. Cette fois-ci encore, je les ai invités en leur accordant carte blanche pour modifier musique ou éclairage si tel était leur désir. Alex a donc raffiné la trame sonore d’Anatomies, nous avons revisité et amélioré notre travail pour le public. C’est le fun! La proposition de Marc est intéressante aussi.

Quelle différence entre tes chorégraphies en solo et en groupe?

En groupe, l’architecture entre les corps se remarque; il y a la géométrie entre eux, je joue avec l’espace négatif entre les danseurs. Aussitôt que deux danseurs occupent la scène, on constate l’espace qui les sépare. Mais dans le solo, c’est l’esprit qui entraîne la danse, car après une minute ou deux, le public s’habitue au corps.

Comment Nova Bhattacharya interprète le solo?

Le regard, la concentration ou quelque chose doit capter le public pour susciter son empathie envers la soliste. Le défi en solo, comment créer un monde avec un corps seulement? Nova Bhattacharya danse avec ses yeux, ses doigts et sa tête, elle dégage une beauté sophistiquée. Elle orchestre le mouvement toute seule d’une façon incomparable avec le ballet ou la danse contemporaine.

Comment définis-tu la danse contemporaine actuelle?

La danse contemporaine s’approche du public, elle se démocratise. Elle devient aussi accessible que le théâtre. En revanche, je me demande parfois si elle n’est pas en train de disparaître comme la photographie à cause de la technologie qui nous emmène ailleurs dans notre imagination. Mais je demeure confiant qu’il subsistera toujours un espace pour s’exprimer avec le corps aujourd’hui.

On, à l’Agora de la danse jusqu’au 14 octobre.

Crédit photo couverture : Nina Konjini.

Texte révisé par : Annie Simard

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