Des choristes qui réchauffent le cœur

Une partition divertissante sans fausses notes

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© Ève-Line Montagne

Par : Marie-Claude Lessard

Depuis plusieurs années, Juste pour rire adapte comédies musicales et films américains aimés de tous avec un succès plus que considérable. Le célèbre festival poursuit efficacement sur cette voie avec la production théâtrale Les choristes, inspirée du film de 1945 La cage aux rossignols ainsi que du livret de Christophe Barratier et Philippe Lopez Curval. Présentée au Monument-National depuis le 23 mai, la pièce respecte à tout point de vue ce qu’on s’attendait d’elle et parvient même à surprendre.

Sous la gouverne de Serge Denoncourt, nous n’avons pas droit à une relecture sirupeuse et larmoyante. L’œuvre ne se moque pas de l’intelligence de son public cible, qui est principalement des familles avec de jeunes enfants. Puisque le metteur en scène a jadis travaillé en Serbie avec des enfants roms, il apporte au spectacle une touche humaniste et sensible qui dissimule quelques pistes de réflexion. Dans sa manière de diriger les acteurs enfants, on ressent toute son affection envers ceux qui sont mal aimés. D’ailleurs, il leur dédie Les choristes.

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Sur le plan narratif, Les choristes ne déroge pas de ce qu’on connait du populaire film de 2004. Musicien de métier, Clément Mathieu (François L’Écuyer) atterrit à l’internat Fond de l’étang avec le mandat de surveiller des élèves qui sont séparés de leurs parents à cause de leur indiscipline. Lorsqu’il réalise que les sévices et le manque d’empathie du directeur Rachin (Henri Chassé) aggrave le comportement des jeunes garçons, Clément décide de créer une chorale qui leur permet de s’épanouir, d’apprendre de nouvelles choses et enfin de sentir qu’ils sont véritablement pris en considération. À travers ce projet, l’enseignant tisse des liens privilégiés avec les élèves. Il tombe même sous le charme de la voix angélique de Pierre Morhange (Clément Henry de Villeneuve), un garçon débordant de talent qui exprime sa profonde tristesse et colère par le biais d’actes méchants qui ne correspondent aucunement à son attachante personnalité.

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Contrairement au scénario du long-métrage, l’adaptation de Maryse Warda et Serge Denoncourt regorge d’humour. Certaines répliques, dont quelques pointes vulgaires traduites en joual, provoquent même de grands éclats de rire, ce qui permet aux spectateurs de s’attacher rapidement aux destinées des protagonistes. Appuyée par un magnifique et ingénieux décor, la pièce, d’une durée de 95 minutes sans entracte, ne souffre pas trop de temps morts. L’intérêt est relativement bien maintenue tout au long. Cependant, bien que les somptueuses harmonies du chœur donne des frissons, la décision de répéter souvent les mêmes chansons comme Vois sur ton chemin finit par lasser.

Les enfants offrent tous des performances admirables et honnêtes, à commencer par Brendon Tremblay qui interprète avec aplomb un délinquant au cœur d’or. Dans le rôle de l’orpheline Pépinot, Malik Gervais-Aubourg déchire le cœur avec ses petits yeux vitreux remplis d’espoir. Interprétant la mère de Morhange, une serveuse monoparentale qui voudrait réellement savoir comment elle peut aider son fils, Lynda Johnson s’avère touchante et authentique. Elle brille dans chacune de ses apparitions, même si elles sont peu nombreuses. Dans sa retenue, on ressent toute la fragilité et l’impuissance de son personnage. Renaud Paradis, qui incarne le professeur Langlois secrètement passionné par la musique, fait preuve d’une savoureuse bonhomie. Henri Chassé capte bien l’aspect caricatural du directeur incompétent et autoritaire, mais il ne parvient pas toujours à susciter des émotions vraies. Tout le contraire de François L’Écuyer qui embrasse Clément Mathieu avec vulnérabilité et un investissement remarquable. Il partage une chimie indéniable avec tous ses partenaires de jeu, autant les petits que les grands.

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Bref, Les choristes, présentée jusqu’au 23 juin au Monument-National, remplit haut la main sa mission de faire sourire et réfléchir.

Texte révisé par : Johanne Mathieu

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