Des arbres au Théâtre La Licorne

D’amour et d’eau fraîche

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©Théâtre La Licorne

Par Marie-Claude Lessard

Dans la série télévisée Rumeurs, Sophie Cadieux et Maxime Denommée incarnaient Clara Dumais et Simon, un inoubliable couple décalé et idéaliste. Quelques années plus tard, ils se retrouvent dans la pièce Des arbres dans laquelle ils interprètent une autre paire mémorable, cette fois-ci grâce à leurs imperfections pour lesquelles le spectateur ne peut que ressentir un désarmant attachement.

La traduction signée Benjamin Pradet de la pièce Lungs de Duncan MacMillan relate le parcours d’un couple tout ce qu’il y a de plus normal : les deux paient leurs taxes, regardent des films sous-titrés, encouragent les bistros locaux, lisent des romans de nature philosophique et recyclent pour prouver qu’ils sont soucieux de l’environnement. Or, cet équilibre chamboule le jour où, durant une séance de magasinage au IKEA, IL prononce ce mot autant magique qu’assassin : bébé. S’ensuivent des questionnements existentiels pertinents sur les portées écologiques et émotives reliées à la naissance d’un enfant.

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©Suzanne O’Neill

Les comédiens rentrent sur une scène totalement dépouillée pour ne pas en sortir pendant 85 saisissantes minutes. Déstabilisante lors des premières secondes, cette décision de recourir à aucun décor ni accessoire (sauf deux gourdes remplies d’eau) s’avère fort ingénieuse puisque les dialogues à eux-seuls troublent et captivent. Grâce à un texte finement construit et une mise en scène à la fois dynamique et minimaliste, l’auditoire s’imagine aisément les divers lieux et changements de journée mentionnés. L’oeuvre de MacMillan happe de plein fouet, les réflexions proposées rejoignant tous les types de spectateur (célibataire, en couple, avec et sans enfant). Est-ce que la santé de la planète doit primer sur les désirs de l’être humain? Les responsabilités associées à un tel geste sont-elles trop exigeantes ou en valent-elles la chandelle? Ne servant heureusement ni réponse ni morale, la pièce se contente plutôt  de soulever intelligemment des doutes sur les conséquences environnementales qu’entraîne un accouchement.

En plus d’explorer les enjeux climatiques actuels, le récit se penche avec humour et authenticité sur la complexité – hélas – intemporelle des relations amoureuses. S’éloignant de toutes formes de complaisance, Des arbres dresse avec un réalisme stupéfiant les aléas et ivresses de l’existence. Ayant à défendre des personnages parfaitement définis, Sophie Cadieux et Maxime Denommée s’éclatent sans la moindre trace de censure. Ils partagent une chimie contagieuse et s’abandonnent l’un à l’autre prodigieusement. Du début sobre jusqu’à la touchante finale délicatement accompagnée d’un jeu de lumières éblouissant concocté par André Rioux, le spectateur se laisse subjuguer par  les talents des interprètes et se reconnaît en tous points dans un texte percutant et terriblement vrai.

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©Suzanne O’Neill

Des arbres est présenté au Théâtre La Licorne jusqu’au 15 avril. Il reste encore quelques sièges pour les supplémentaires prévues les 2 et 3 mai 2016.

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