De l’anticonformisme au conte de fées

Transfixed de Alon Kol

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©Site officiel

Par: Ambre Sachet

Il était une fois une femme qui se voyait dans l’impossibilité d’épouser l’homme qu’elle aimait car elle était née homme. Perdue dans la foule, cette princesse ne semble pouvoir appartenir au monde dans lequel elle vit, prise au piège. Pourtant, cette héroïne des temps modernes prendra vite sa revanche sur la vie.

Bien que loin de l’univers onirique avec son documentaire Transfixed, à l’affiche lors du dernier Festival du Nouveau Cinéma, Alon Kol nous emmène ici à la rencontre de Martine Stonehouse, collectrice de plaques d’immatriculation, de postes de télévision, activiste transgenre au caractère hors du commun dont la passion et la rage de vivre en deviennent rapidement contagieuses.

Par son approche intimiste et parfois intrusive, le réalisateur raconte ce qu’il appelle la romance peu conventionnelle de Martine et John, dont l’histoire d’amour évolue bon gré mal gré vers le combat social. Au delà du suivi quotidien même brutal du couple et des obstacles qui séparent ce dernier de leur fin heureuse, l’œuvre de Kol est une ode à l’acceptation (de soi, mais aussi d’autrui), à la tolérance et à l’amour dans son plus simple appareil.

Tous deux atteints du syndrome d’Asperger, une forme d’autisme qui rend notamment complexe les relations en société, Martine et John bravent les conventions depuis leur rencontre au Centre de Genève pour l’autisme en 2003. Les deux cinquantenaire ont toujours rêvé grand, et comme le veut tout conte de fées traditionnel digne de ce nom, la prochaine étape n’est autre que le mariage. Mais John, hétérosexuel, souhaite que Martine subisse l’opération du changement de sexe avant de pouvoir l’épouser. « Mais je le fais aussi pour moi. Je suis une femme depuis 1994. » Une série d’épreuves et de contretemps s’enclenche alors pour Martine avant l’étape ultime du port de la robe de mariée : elle devra parcourir le Canada à la recherche d’un médecin qui effectue ce type d’opération et qui acceptera de prendre le risque malgré le surpoids problématique de la jeune femme.

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«Je n’étais pas un succès en tant qu’homme. Je n’étais pas un succès en tant que femme. Donc je me suis dit, ‘je vais changer ça.»

Beaucoup sont touchés par la cause de Martine Stonehouse, qui, en 2008, a permis la réinsertion de l’opération de changement de sexe (ici la vaginoplastie: réassignation génitale du sexe masculin vers le sexe féminin) dans la liste des procédures prises en charge en Ontario, précédemment retirées des opérations couvertes par l’assurance dans la province. Détentrice du Toronto Pride Award de 2012 pour sa défense des droits LGBT, Martine Stonehouse défie les conventions de par sa lutte acharnée pour trouver l’harmonie d’une identité sexuelle dont elle a toujours rêvé.

L’absence de détails sur l’implication politique et sociale de Martine peut s’avérer frustrante, mais elle n’en est pas moins un choix justifié et fructueux de la part du cinéaste. Contrairement au documentaire informatif ou didactique, l’identification aux personnages et le pathos opèrent par cette expérience du plus près de l’intime dont le message s’avère universel. En livrant un témoignage réaliste et sincère, Kol prend du recul par rapport à des films de fiction tels que The Danish Girl ou Laurence Anyways, qui peuvent être davantage perçus comme des caricatures même s’ils ont aussi permis une prise de conscience de la sous représentation des communautés transgenre et transsexuelle à l’écran.

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Primé pour deux de ses films en 2006 et en 2007, respectivement The Field et A Wish, Alon Kol est également connu pour avoir participé à la réalisation de documentaires pour National Geography, Discovery, History Channel et Vision TV. Aux antipodes de l’univers féerique, Alon Kol retranscrit pourtant l’extraordinaire courage d’une relation des plus pérennes.

Captivant documentaire à l’affiche au Cinéma du Parc dès le 3 juin prochain, Transfixed est avant tout une touchante insulte à la normalité.

Texte révisé par : Cloé Lavoie

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