Claudine Mercier enchante avec un cinquième one woman show

Mélodies du bonheur

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©Kimberly Mallette / MatTV.ca

Par : Marie-Claude Lessard

À 55 ans, Claudine Mercier souligne ses 25 ans de carrière en lançant un cinquième spectacle solo simplement intitulé Claudine qui embrasse inégalement la plupart des passions et habiletés de l’humoriste, comédienne, chanteuse et imitatrice. Heureusement, le charisme de l’interprète a largement sauvé les meubles et ravi le public présent lors de la première médiatique au Théâtre Maisonneuve le soir de la Saint-Valentin.

Alors qu’une pléiade de jeunes humoristes audacieux et sans pitié redonnent au stand-up ses lettres de noblesse, Claudine Mercier continue de s’illustrer en offrant des personnages et des imitations, formule qui a d’ailleurs fait sa renommée. Intègre à elle-même tout en demeurant parfaitement consciente des bouleversements majeurs que traverse actuellement le domaine de l’humour, elle a brillamment démontré, lors d’un numéro bien ficelé, qu’elle n’a pas besoin de se forcer à plonger dans la vulgarité pour être pertinente.

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À l’aide de blagues à connotation sexuelle tombant volontairement à plat, l’humoriste a clairement exprimé que tous les genres d’humour ont leur place et qu’il ne faut pas chercher à être systématiquement tendance pour plaire. À sa manière, elle s’est permis d’oser sur une multitude de sujets brûlants d’actualité, dont la politique. Ses pointes dirigées à l’endroit de Donald Trump ne manquaient pas d’originalité et de mordant. Elle a également fait une belle preuve d’ouverture en discutant avec lucidité de ses craintes face à son retour, en plus de s’attaquer avec aplomb à la chirurgie esthétique, surtout grâce à un gag particulièrement réussi à propos d’Anne-Marie Losique.

Ceci dit, les segments traitant des relations entre les hommes et les femmes dégoulinaient de clichés. L’acharnement répété sur la lenteur cérébrale des hommes lassait. Le script se faisait beaucoup trop ressentir pendant ces moments de stand-up qui auraient grandement eu besoin de la spontanéité et du lâcher-prise qui caractérisent si bien Claudine lorsqu’elle imite ou incarne un personnage. C’est sans doute pour cette raison que l’équilibre entre humour, chansons et personnifications semblait si précaire, causant ainsi des brisures de ton et de rythme. Les rires et les sourires n’affluaient pas constamment. En ce sens, Claudine s’avère davantage un show de variétés et qu’une offrande humoristique dans sa plus pure tradition.

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Au chapitre des imitations, certaines ont frappé dans le mille tandis que d’autres ont laissé de glace. D’abord, il aurait été judicieux de ne présenter qu’un seul numéro parodiant des chanteuses plutôt que deux, ce qui aurait éliminé les performances les plus faibles. Lors d’un pastiche d’En Direct de l’univers qui bénéficie d’un décor sobre, mais hyper efficace, Claudine s’est démarquée avec une Ginette Reno lubrique et sans filtre. Les intonations étaient parfaites. Idem pour la prestation de Shakira. La danse contemporaine et la voix si singulière de Cœur de pirate en a magnifiquement pris pour son rhume. Il n’en demeure pas moins que l’excentricité et la prononciation complexe de l’Australienne Sia, perruque blonde et noire en prime, a complètement volé la vedette. Au son de Cheap Thrills, Claudine a reproduit avec une justesse désarmante les grimaces de Maddie Ziegler, qui peut aller remettre son justaucorps de couleur peau !

Palpable tout au long des performances, l’admiration que voue Claudine aux chanteuses et sa passion débordante pour la culture ont engendré des sourires. Nul doute qu’elle possède elle-même une technique vocale en or, mais les voix de Marie-Chantal Toupin, Diane Dufresne et Safia Nolin laissent à désirer. À plusieurs reprises, Claudine perdait le timbre qui caractérise ces voix. Dommage. Par contre, lorsqu’elle ne cherchait pas à en faire reconnaître une et qu’elle mettait à l’avant-plan la sienne, l’émerveillement était total. Le numéro final, un savoureux medley de comédies musicales allant de The Sound of music à Chicago, a séduit par ses costumes flamboyants.

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Côté personnages, l’arrivée de Danielle Henkel se fond habilement dans l’univers de Claudine. Accent, mimique, posture… Tout y était, mais un petit je-ne-sais-quoi au niveau de la voix manquait pour accoter l’inoubliable version d’Anne Dorval au Bye Bye 2016. Le retour de Shannon, la coach de vie qui semble consommer autre chose que le bonheur, a réchauffé la salle dans tous les sens du terme. Le moment fort du spectacle, celui qui a donné mal au ventre et aux joues, a été la trop courte apparition de la Petite Fille. Entourée de peluches, elle a abordé sans gêne les coupures en santé, le divorce, le TDAH, les allergies en milieu scolaire et les cadeaux poches des grands-mères. Ses remarques assassines ont déridés tous les spectateurs.

Bref, malgré quelques ajustements nécessaires au niveau des imitations et plusieurs blagues faciles, ce cinquième one woman show divertit et nous fait réaliser à quel point la personnalité pétillante et simple de Claudine Mercier n’est pas assez présente dans le paysage artistique québécois !

Crédit Photos : ©Kimberly Mallette / MatTV.ca

Texte révisé par : Ho-Chi Tsui

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