FIL : Capteurs d’imaginaires

Pour la transmission des mémoires autochtones

3©Marie-Andrée Lemire

Par : Mélissa Thibodeau

À l’ère de la mondialisation et de la numérisation de l’information et de la culture, comment raconter l’histoire des Premières Nations? Comment transmettre et mettre en valeur non pas une mais DES cultures dont la tradition est majoritairement orale?

Ce sont ces interrogations qui ont été discutées lors de l’événement Capteurs d’imaginaires : Mémoires autochtones présenté dans le cadre du Festival international de la littérature, mercredi soir dernier. Animé et dirigé par l’auteur et musicien Tristan Malavoy, cette conversation était aussi ponctuée de performances artistiques et de lectures.

Autour de la table, on a invité deux membres des Premières Nations, l’anthropologue abénaquise Nicole O’Bomsawin, de la communauté d’Odanak, Estrie, ainsi que le rappeur, poète et photographe Samian, originaire de Pikogan, près d’Amos en Abitibi. Également présents, l’auteure Juliana Léveillé-Trudel et l’artiste visuel, auteur et cinéaste Marc Séguin, dont l’oeuvre a été influencée par la culture innue du Nord-du-Québec.

On constate dès le début qu’il y a un intérêt nouveau dans les cultures des Premières Nations. Un intérêt qui, comme le remarque Mme O’Bomsawin, ne dépassait pas le stade du folklore il y a de cela 20 ou 30 ans. Cette dernière voit le « lumineux » de la situation et fait référence à la prophétie autochtone qui prédisait il y a de cela quelques siècles, un retour à la nature, à la connaissance autochtone afin d’en arriver à une situation de paix.

4©Marie-Andrée Lemire

Samian est d’accord qu’il y a du lumineux, mais qu’il est important que les membres des Premières Nations se prennent en main. Ils sont responsables de leur propre histoire et de sortir de leur carcan actuel pour la raconter cette histoire.

On est d’accord que les initiatives de gestion de populations autochtones au Canada auront fait beaucoup de tort aux Premières Nations. Sans remettre en question les gens de l’extérieur qui ont de bonnes intentions en voulant raconter les faits autochtones, il est important que leur histoire soit racontée par eux. Les gens de l’extérieur n’ont qu’une vision de la situation autochtone. La réalité est dramatique, oui, mais c’en est également une de résilience et de force culturelle.

Léveillé-Trudel et Séguin, en tant que gens de l’extérieur, n’ont aucune prétention de raconter l’histoire des autochtones pour eux. Juliana indique qu’elle ne pouvait que raconter son histoire à partir du point de vue d’une blanche, puisant même dans son expérience pour raconter une histoire violente mais vraie, toujours du point de vue d’une « femme du sud ».

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©Marie-Andrée Lemire

Marc Séguin abonde dans le même sens. Il passe beaucoup de temps dans le Grand Nord non pas pour ramasser des « trucs pour le cirque », mais pour y côtoyer des gens qu’il apprécie. D’ailleurs, il est d’avis que l’on se doit d’intervenir le moins le possible dans la transmission de leurs histoires.

Par transmission, on parle entre autres de la préservation de leurs langues. On indique que la grande majorité des langues autochtones sont en danger de disparition. Alors que traditionnellement, l’information se transmet de façon orale, on propose de la transcrire afin de la préserver.

Marc Séguin est d’avis que cette histoire soit écrite, car la transcription joue avec son intégrité. Nicole O’Bomsawin, quoiqu’elle n’est pas tout à fait d’accord avec cette idée, car elle croit que la transcription aide à la préservation des cultures, elle fait toutefois écho à plusieurs qui disent qu’écrire l’histoire l’empêche de la transmettre d’humain à humain. Traditionnellement, les légendes et les connaissances autochtones sont transmises des aînés vers les générations plus jeunes. Une fois cela écrit, on perdrait ces réflexes.

2 ©Marie-Andrée Lemire

On n’avait pas la prétention d’apporter des réponses complètes à une situation très complexe, mais d’apporter plusieurs réflexions dans un cadre ouvert. Que ce soit parmi les intervenants sur la scène ainsi que les gens dans la salle, on remarque à quel point les cultures autochtones ne sont pas assez connues par la majorité. Il est temps de créer des liens solides et des échanges humains afin de se diriger éventuellement vers une réconciliation entre les peuples.

Cette dernière édition du Festival international de la littérature se terminait le dimanche 2 octobre. Pour plus d’information sur cet événement, visitez www.festival-fil.qc.ca.

Texte révisé par : Annie Simard

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