Samuel Gélinas

Big bang électronique à la Place des Arts

Dévoilement d’une œuvre sélectionnée parmi celles d’étudiants de l’UQAM

© Place des Arts de Montréal

Propos recueillis par Sébastien Bouthillier

Photos, dessins, vidéos, peintures garnissent le portfolio de Samuel Gélinas.La Place des Arts a dévoilé le 7 avril Le départ, l’œuvre numérique retenue parmi celles soumises par les étudiants en arts de l’UQAM, qui illuminera ses murs pour capter les regards. En accordant une entrevue à MatTv, le prometteur artiste originaire de Saint-Barnabé en Mauricie se dévoile pour la première fois. Le créateur confie qu’il le regretterait tout sa vie s’il n’étudiait pas en arts avant ses 30 ans.

L’œuvre retenue s’intitule Le départ?

J’ai conçu un big bang électronique à partir de séquences de brillants et de colorants dans l’eau que j’ai filmées et dont j’ai modifié les images au montage par l’ajout de filtres. Était exigée une œuvre composée de deux vidéos, le départ et l’arrivée étant les thèmes. Même son titre était imposé, alors l’idée d’une explosion, symétrique, m’est venue en tête.

Pourquoi tu l’as créée?

Pour un cours à l’UQAM dont l’objectif consiste à réaliser une vidéo de 15 secondes attirant le regard et projetée sur plusieurs écrans simultanément. J’ai réalisé un film abstrait parce que ces contraintes constituent un défi. Disposée en accordéon, l’œuvre se donne à voir de deux points de vue, selon le côté d’où on la regarde.

La Place des Arts expose une œuvre conçue dans ton cours…

Oui, c’est la première fois qu’une de mes œuvres est exposée : elle bénéficie d’une superbe vitrine après qu’un comité de sélection l’eut retenue. Que des experts reconnaissent la qualité artistique de mon travail me procure l’effet encourageant d’une tape dans le dos.

Le public te découvre donc désormais?

Ancré profondément en moi, l’art est ce que je fais le mieux, alors la possibilité d’une critique désobligeante m’intimide. Le risque de chavirer lors d’une exposition me paraît élevé. J’exposerais plus si je craignais moins ces commentaires. Je doute aussi de la pertinence de mes œuvres, sans compter la difficulté à trouver un lieu d’exposition.

Qu’est-ce qui est pertinent en arts visuels aujourd’hui?

Le concept prévaut sur l’œuvre désormais, qui acquiert sa puissance évocatrice lorsqu’on connaît l’histoire ou le contexte dans lequel son créateur l’insère. Candy Stacks de Félix González-Torres illustre comment l’art repose dans l’histoire derrière l’œuvre. Mais, en me souciant de la beauté, je suis encore de la vieille école. Je crée des œuvres esthétiques, pas conceptuelles.

Les gens qui circulent à la Place des Arts verront-ils la différence?

(Rire) Non parce que ce n’est pas conceptuel, c’est plus accessible pour le grand public.

À quoi ressemblent tes films?

Je filme des ambiances feutrées sur l’inspiration du moment, sans qu’il n’y ait d’histoire ou de contexte. Un peu comme des fashion movies, sans fil conducteur. En vidéo, et surtout au sténopé en photo, je crée l’illusion en ajustant le cadre et la luminosité.

Un objet organique passe alors pour synthétique, par exemple. Je peux doter un objet banal d’un sens nouveau, voilà ce qui me plaît de la photo, numérique comme argentique. Le sténopé – caméra construite à partir d’une boîte à souliers – imprègne mes photos d’un effet vieillot.

Qu’est-ce qui t’inspire?

(Silence) Puis-je prendre le temps d’y penser? Le retour à l’enfance parce que je suis nostalgique. L’aspect ludique ressort de mon travail, je m’amuse à créer et ceux qui voient mes œuvres ont du plaisir aussi.

Comment la vie t’a mené aux arts?

Nous écoutions des films dans les cours d’arts plastiques de Pierre Duplessis, mon prof au Séminaire Sainte-Marie, à Shawinigan. J’ai découvert des réalisateurs hors-norme grâce à lui, c’était la première fois que des œuvres me touchaient autant. La puissance de l’art m’a percuté.

Tes films marquants?

Choquant comme Nous étions guerriers, un film néo-zélandais. Je me rappelle aussi de Cours Lola, Cours, de Vol au-dessus d’un nid de coucou, de Dog Day Afternoon et Trainspotting encore. Les réalisateurs m’ont intéressé dès ce moment : Stanley Kubrick et Daren Aronofsky comptent parmi ceux qui ont allumé l’étincelle.

Puis tu as continué en cinéma au cégep…

J’ai décidé d’étudier en cinéma au Cégep de Sainte-Foy grâce à ce prof-là. J’ai travaillé au Clap, le cinéma de répertoire, où je voyais tous les films en langue originale.

Durant ces années, une galerie exposait des œuvres de Zilon, que j’ai découvert. Je me suis procuré son livre pour reproduire en croquis ses dessins en m’attardant à la proportion des visages. Cela remonte à 10 ans, et je dessine toujours. Mais j’ai aussi étudié en cuisine et en coiffure.

Pourquoi reviens-tu aux arts après tes études en cuisine et en coiffure?

Ma vie orbite autour de l’art : créer est ma passion. Pour la première fois, j’ai le goût de me lever le matin. Je trouve étrange le temps qu’il m’a fallu pour accepter ma passion. En arts, les gens que je rencontre m’intéressent et les profs me stimulent, même si ce n’est pas lucratif. Je préfère photographier et peindre que devenir riche dans un autre métier.

À quoi ressemble ton avenir?

Je me demande si je créerais par pure passion ou pour vendre. L’enseignement m’attire aussi puisque j’envie mon prof d’arts plastiques du secondaire, j’aimerais faire découvrir la même passion à mon tour.

Texte révisé par : Annie Simard

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