Amour, acide et noix

Deux œuvres d’exception présentées pour la dernière fois 

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© Émilie Tournevache

Par Sébastien Bouthillier

Des danseurs nus.  Pas de sexualité.  Rien de suggestif.  Aucune séduction.  Ni pudeur.  La nudité révèle la fragilité du corps à travers des mouvements épurés au maximum et précis au millimètre. Daniel Léveillé approfondit les relations des corps entre eux, leurs déplacements feutrés, trajectoires retenues, accélérations soudaines et chutes irréversibles.

Présentés en tandem, deux spectacles extraits du vaste répertoire de l’incontournable chorégraphe québécois reviennent sur la scène montréalaise probablement pour la dernière fois, de l’aveu de leur créateur, à l’occasion du 25e anniversaire de sa compagnie.

Dans son étude anatomique de l’humanité contemporaine, Léveillé rappelle davantage un architecte qu’un danseur : il semble préférer la position verticale parmi toute autre, celle qui requiert pourtant des contractions musculaires brûlantes aux interprètes stoïques.

La dureté d’Amour, acide et noix témoigne de la solitude des danseurs, une femme et trois hommes, aussi bien que de la tendresse sans fin de leur toucher.  Car il ne leur reste que la peau, l’ultime limite du corps.  Interprétés sur Les Quatre saisons de Vivaldi, les mouvements sont répétés autant de fois pour exprimer la vie, l’attention à l’autre et le besoin de ne pas être absolument seul.

La douceur de La pudeur des icebergs révèle la vulnérabilité, la fragilité de la présence auprès d’autrui.  Le paraître s’incline devant l’être, car rester vivant comporte déjà son lot d’exigences.  Il s’agit d’une exploration sur les possibilités de la vie.  Bien qu’elle puisse ressembler à une confrontation, ce n’est pas une compétition pour séduire après quoi le perdant serait exclu.  Sur la musique de Chopin, les six danseurs forment trios et duos pour exécuter des mouvements d’une difficulté inouïe sans faillir.

Daniel Léveillé cumule quatre décennies de carrière et sa compagnie éponyme célèbre son quart de siècle cette année.  Créée en 2001, Amour, acide et noix amorce un cycle qu’il continue, en 2004, avec La pudeur des icebergs et Crépuscule des océans, en 2007.  Solitudes solo et Solitudes duo, en 2012 et 2015, s’insèrent dans un cycle subséquent.

C’est grâce au directeur de La Chapelle, Olivier Bertrand, que l’œuvre de Daniel Léveillé rayonne dans le monde.  À l’époque où M. Bertrand dirigeait les théâtres parisiens de La Bastille et de la Cité internationale, il a programmé ces deux spectacles qui reviennent à Montréal cette semaine.

Amour, acide et noix les 12 et 13, suivi de La pudeur des icebergs les 15 et 16 décembre, à La Chapelle.

© John Morstad (photo de couverture)

Texte révisé par : Matthy Laroche

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