16e soirée des Jutra

Louis Cyr et Gabrielle se partagent les honneurs

MOL_1806 ©Marc-Olivier Lebrun/MatTv.ca

Par Maxime D.-Pomerleau

Louis Cyr, film le plus fort du cinéma québécois

Partant grand favori dans la course aux Jutra 2014, Louis Cyr : l’homme le plus fort du monde a en effet dominé la soirée en remportant pas moins de 9 prix, autant auprès des interprètes du film que des artisans. On peut dire que le comédien Guillaume Cyr avait un nom prédestiné, lui qui a été le premier lauréat de la soirée en recevant le trophée du Meilleur acteur de soutien pour son rôle de Horace Barré. Inspiré, le jeune homme a terminé son discours sur ces mots : « Ça s’appelle le Cinéma québécois, pas le DVD québécois. Allez voir les films en salle. » Parions que dans le cas de Louis Cyr, le film n’a pas fini de soulever les foules!

Antoine Bertrand a été invité à rejoindre Paul Doucet et Anne Casabonne qui lui ont remis le Jutra du Meilleur acteur pour son incomparable portrait de Louis Cyr. Avec grande classe, le lauréat a profité de la tribune pour hommager ses confrères en nomination dans la même catégorie, lui qui fait maintenant partie du club sélect des acteurs consacrés du Québec. Visiblement sous le choc, l’acteur a terminé son discours en saluant sa mère, qu’il venait de reconduire à son dernier repos l’après-midi même, avant de fouler le tapis rouge. On comprend donc pourquoi l’acteur a vécu une journée forte en émotions. Laurent Paquin ému aux larmes suite aux remerciements d’Antoine, a même eu du mal à reprendre l’animation.

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Louis Cyr : l’homme le plus fort du monde s’est aussi vu remettre plusieurs prix hors d’ondes dont Meilleure direction artistique, Meilleurs costumes, Meilleurs maquillages, Meilleures coiffures et Meilleur son. Un véritable tour de force! Malheureusement, le public ne pouvait visionner ces remises de prix et ce, même en étant branché sur le site de Radio-Canada. Il serait intéressant pour la prochaine année de pouvoir visionner les remises de prix de l’industrie sur le web lorsqu’elles ne sont pas diffusées à la télévision.

Avec 9 nominations et 5 prix en poche, le film de Louise Archambault suit de près Louis Cyr. Gabrielle met la main sur deux des plus prestigieux prix de la soirée soient ceux de Meilleur scénario et Meilleure réalisation, tous deux remis à la cinéaste. Louise Archambault est la deuxième femme dans l’histoire des Jutra à remporter le prix de la meilleure réalisation, après Lyne Charlebois pour le film Borderline en 2009. La réalisatrice dit avoir été propulsée par son sujet, par ses acteurs et par son équipe fabuleuse

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Film au parcours qui n’a rien d’ordinaire, Gabrielle a remporté deux grands prix au dernier gala des Prix Écrans canadiens (où son interprète principale est d’ailleurs repartie avec une statuette; on ne comprend toujours pas son absence parmi les nominations aux Jutra…) et a reçu dimanche le prix du Film s’étant le plus illustré à l’extérieur du Québec en plus du Meilleur montage octroyé à Richard Comeau. Remportant le Jutra de Meilleur actrice de soutien, la belle Mélissa Désormeaux-Poulin eut un discours très touchant et souhaitait à sa sœur de film et de cœur Gabrielle Marion-Rivard une longue carrière de comédienne. On ne souhaite que le meilleur à la charmante Gabrielle dont tout le Québec est tombé amoureux!

Malgré ses 6 nominations, Le Démantèlement de Sébastien Pilote n’a récolté qu’un seul prix, celui de la Meilleure direction photo remis à Michel La Veaux. En parlant du réalisateur, l’artisan a dit que « les histoires de Sébastien Pilote provenant des petits villages de son pays étaient des histoires universelles portées par de belles et de bonnes images ». Le Démantèlement occupe le 5e rang au box office et c’est Louis Cyr, qui a remporté le Billet d’or des Jutra, occupant la première place au cinéma et dans le cœur des Québécois avec 473 370 entrées enregistrées. Comme quoi, 100 ans plus tard Louis Cyr arrive encore à remplir les salles!

C’est sans surprise que le court métrage de Monia Chokri, Quelqu’un d’extraordinaire, s’est vu décerner le prix du meilleur film dans la catégorie court et moyen métrage de fiction. Avec ses dialogues savoureux, l’impressionnante brochette d’actrices et la qualité de sa réalisation, l’accueil que connaît le film est exceptionnel. À voir si ce n’est déjà fait.

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Le Meilleur long métrage documentaire a été remis à la réalisatrice Marie-Geneviève Chabot pour son œuvre En attendant le printemps, alors que Joël Vaudreuil a reçu le prix du Meilleur court ou moyen métrage d’animation pour le singulier Le courant faible de la rivière. Le cinéaste (aussi musicien dans Avec pas d’casque!) a remercié ses pairs avec un discours éloquent : « Merci à ceux qui pensent que le cinéma c’est de l’art, que le court métrage c’est du cinéma et l’animation, des vrais films. »

Pierrette Robitaille a quant à elle remporté le Jutra de la Meilleure actrice pour son rôle dans le film de Denis Côté Vic + Flo ont vu un ours. Émue, la comédienne a suggéré de remplacer les discours par des plans serrés au niveau du visage, où le spectateur comprendrait toute l’émotion sans avoir besoin de parler!

 

Soirée d’émotions

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Il n’y a pas qu’au cinéma que l’on peut vivre des moments de vives émotions, dans la salle aussi! Plusieurs artistes et performeurs nous ont offerts de mémorables instants, inspirants et touchants. Tout de suite après le numéro de Louis Cyr The Musical s’est révélé le véritable homme le plus fort du Québec : Claude Robinson, pour remettre le prix du Meilleur scénario. Attention délicate pour l’auteur qui connaît bien la valeur d’un tel labeur. L’artiste a gagné le 23 décembre dernier une poursuite contre Cinar qui avait plagié son œuvre, qui aura duré 18 ans. Il a été accueilli par une chaude ovation du Monument National.

Le Jutra-Hommage était remis cette année à Micheline Lanctôt, grande dame du septième art. Mme Lanctôt a commencé dans le cinéma d’animation mais sa carrière a véritablement pris son envol en jouant dans La vraie nature de Bernadette, film de Gilles Carle. En quarante ans de métier elle a réalisé une dizaine de longs métrages, écrit une vingtaine de scénarios, publié 2 livres et incarné d’innombrables personnages à la télévision et au cinéma.

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Aux dire du cinéaste Ted Kotcheff, qu’elle a rencontré en 1972 sur le plateau de l’Apprentissage de Duddy Kravitz, «Micheline Lanctôt traduit l’essence même du Québec. Elle en est l’image et l’âme.» Femme incroyable qui brille sur nos écrans, petits et grands, Micheline Lanctôt a terminé son vibrant discours en s’adressant aux politiciens présents dans la salle, leur rappelant que « les jeunes et les artistes sont la force vive du Québec, il ne faut pas les oublier car ce sont eux qui vont nous construire ». Le mini-film hommage auquel on a eu droit a été réalisé par Jean-Philippe Duval, réalisateur derrière la populaire série Unité 9.

La « Quebec touch » de notre cinéma a aussi reçu son propre hommage de stars mondiales qui ont eu la chance de travailler avec des réalisateurs chevronnés d’ici comme Denis Villeneuve (Jake Gyllenhaal et Hugh Jackman), Jean-Marc Vallée (Vanessa Paradis), François Girard (Dustin Hoffman) et le scénariste Ken Scott (Vince Vaughn). Une autre preuve que si notre cinéma nous semble parfois petit avec le peu de visibilité que certains films obtiennent, il est définitivement de calibre international.

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Pénélope McQuade a livré un touchant témoignage sur la beauté du cinéma qui a rempli nos yeux durant la dernière année. Soulignons d’ailleurs le travail de l’animatrice et de son partenaire de scène Laurent Paquin. Les deux étaient plutôt justes, drôles, touchants et on sentait leur sincère complicité. Les reverra-t-on l’an prochain? Peut-être, s’ils ne tombent pas dans la fameuse trappe qui a fait tant jaser!

Choix audacieux d’inviter Loco Locass pour le In Memoriam, segment du gala toujours chargé d’émotions, qui ont adapté leur pièce « La Perle » pour l’occasion. Le cinéma québécois a fait le deuil de grands disparus au cours de la dernière année dont la légende Frédéric Back, le réalisateur franco-canadien Arthur Lamothe, le documentariste Peter Wintonick et le grand cinéaste Michel Brault, dont on se souviendra toujours des mots « Quand je serai parti… vous vivrez encore ». À cela on ne peut que répondre qu’à travers le cinéma, on peut vivre éternellement…

Pour voir la fébrilité des artistes avant le gala, voyez notre reportage sur le tapis rouge de la 16e soirée des Jutra!

Crédit Photo: ©Marc-Olivier Lebrun/MatTv.ca

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